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Le Maroc célèbre le 27e anniversaire du retour de Oued Eddahab

Que le serment d’allégeance (la Beiâa) intervienne en ce mardi 14 août 1979, prêté par les populations des provinces de Oued Eddahab, il constituait en effet un grand tournant, car ces populations étaient, en vertu de l’accord tripartite de Madrid du 14 novembre 1975, censées vivre sous la souveraineté de la Mauritanie.

Ces populations avaient donc préféré rejoindre le Maroc par un acte solennel, l’allégeance, d’autant plus symbolique et fort, qu’elles appliquaient elles-mêmes la juridiction, la légitimité historique et, en définitive, se refusaient à être encore séparées de leurs frères du bord. “Dieu a bien voulu exaucer le vœu des populations de Oued Eddahab de retrouver leurs frères et de participer à la réalisation de l’unité du pays”. Le représentant du Conseil de la province de Dakhla (ex-Villa Cisneros) parlait ainsi d’or, il traduisait avec les mots simples et vrais le sentiment partagé, à Rabat mais aussi dans le Sud, tendant vers le regroupement et l’unité. L’émotion était à son comble lorsque ces dignes représentants des tribus de Oued Eddahab se sont regroupés, habillés en costume traditionnel, l’allure altière et fière, devant le Souverain défunt.

Ils avaient décidé de précipiter le mouvement de l’histoire, de franchir eux-mêmes la ligne, en affirmant leur marocanité. L’accord de Madrid, signé quatre ans auparavant par le Maroc, la Mauritanie et l’Espagne, les avait laissés sur leur faim, confiés à la Mauritanie sœur, certes, mais menacés constamment par les agressions du “polisario”. Le cheikh Ahmed Habib Allah Ould Bouh, Cadi de Dakhla, drapé dans une deraaya bleue, s’était fait le porte-parole des autres pour présenter au Souverain l’acte d’allégeance en ces termes: “Au moment où Dieu a voulu concrétiser les retrouvailles entre les fils de la nation marocaine en réalisant son unité sous la bannière du défenseur de l’unité territoriale, guide de son peuple et réalisateur de ses aspirations, S.M. le Roi Hassan II , Amir Al Mouminine, nous n’avions, nous, tribus de Ouled Dlim, Reguibat, Aït Lahcen , Lâaroussiyine, Izarguiyine, Ouled Cheikh Ma-alaïnine, Ouled Tidarine, Igout, Aït Ba Amrane, les familles Mohamed Salem, Bark Allah, Assikab, Tindagha, Fikart et Amgharane, les habitants de Oued Eddahab, jamais cessé d’être reconnaissants pour la noblesse de ses actes, pour ses efforts tendant à la libération de la patrie, à sa réunification et la prospérité de ses sujets.” Après avoir proclamé, avec émotion, leur allégeance au Souverain, les représentants de Oued Eddahab ont ainsi ajouté : “Nous nous considérons désormais comme les partisans de Amir Al Mouminine, son soutien, ses soldats…”. Le propos n’était pas anodin, tant s’en faut, car il était prononcé du haut du Palais Royal, dans un contexte historique majeur.

Et les fils de la province de Oued Eddahab en avaient pris acte, notamment face aux agressions du “polisario, pour ne pas décider d’assumer sous la bannière du Maroc leur propre destin.

L’allocution que prononça alors feu S.M. Hassan II s’inscrivait dans la logique de l’histoire qui se faisait, manière de réponse à court et à long termes. “Nous nous faisons un devoir de garantir votre défense et votre sécurité et d’œuvrer sans relâche pour votre bien”. Tout était dit dans ce concentré de mots et de pensée, la vision et la stratégie. Et de fait, les années suivantes, le Maroc déploiera d’intenses et multiples activités politiques, économiques, diplomatiques et militaires, notamment pour assurer la défense des populations des provinces du sud.
Jusqu’à nos jours encore, le Sahara est devenu un immense chantier prioritaire dans la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui a repris le flambeau du développement et de la défense de cette province et, surtout, lancé un immense chantier de modernisation. Un signe d’une rare symbolique, mais d’une grande charge émotionnelle, avait alors marqué la cérémonie du Palais Royal, ce mardi 14 août 1979 : tout de suite après l’échange des allocutions, feu S.M. Hassan II procéda à la distribution d’armes, l’un après l’autre, aux représentants des tribus sahraouies venues renouveler le serment d’allégeance au Trône.

Ce geste qui en disait long à cette époque, soulignait une véritable interaction entre le Souverain et les populations de Oued Eddahab, qui ne se sont jamais départies de leur attachement au Royaume. Leur allégeance n’était pas seulement un renouvellement, mais la perpétuation – alors que pointait la menace ennemie – d’un acte, une manière de vote, de référendum qu’elles avaient exprimé et pour lequel elles avaient opté. C’est si vrai que moins d’une année plus tard, feu S.M. Hassan II avait entrepris une grande et importante visite à Dakhla, le 4 mars 1980, au cours de laquelle il a reçu un accueil populaire sans précédent.

La cérémonie du 14 août 1979 avait exprimé un choix populaire, spontané et sincère, et celui-ci avait valeur juridique. Il renforçait également la légalité face aux incursions, aux violences et à la déstabilisation auxquelles se livraient le “polisario” et ses commanditaires contre les provinces du sud et contre la Mauritanie, à l’époque fragilisée.

Le retour en août 1979, par voie populaire et légale, de la province de Oued Eddahab à la mère patrie, fondé, de surcroît, sur des procédures historiques existantes depuis la nuit des temps entre les populations du sud et les Rois du Maroc, parachevait en quelque sorte, en grande partie, l’intégrité territoriale de notre pays. La réintégration de nos frères de Oued Eddahab était accueillie partout avec soulagement et suscitait ferveur et émotion. La communauté internationale, soucieuse de préserver la région d’une balkanisation programmée, s’était réjouie d’une aussi franche décision prise par les populations.

Ce que l’accord de Madrid n’avait que partiellement entrepris, la cérémonie du 14 août 1979 allait le réaliser, dans une conjoncture régionale marquée par l’hostilité algérienne envers le Maroc : l’engagement réaffirmé des populations du sud à préserver leur unité derrière le Roi du Maroc, à prendre les armes comme de tradition pour défendre leur marocanité irrévocable. Nous célébrons en ce 14 août 2006 une journée qui est à l’histoire du Maroc ce que l’étape est au parcours, un point de départ nouveau.

Les vingt-sept ans écoulés ont, en effet, constitué un long parcours, marqué par plusieurs batailles et de nombreux défis, les uns aussi majeurs que les autres. Ils ont pétri l’unité du pays et de la nation autour du credo monarchique, à travers notamment la Beiâa qui symbolise à jamais le 14 août 1979.

Hassan Alaoui
LE MATIN

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