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Du porc dans des produits certifiés hallal

Une analyse biochimique révèle des traces de porc dans de la charcuterie hallal. Pour les musulmans de France et surtout pour ceux de la région du Nord, l’heure est à la consternation et l’incrédulité. La Fédération des associations musulmanes du Nord-Pas-de-Calais n’a pas hésité à alerter toutes les mosquées de la région sur la tromperie. Abdelkader Aoussedj, président de la dite fédération et membre du Culte Régional Musulman a directement pris l’affaire en charge. La charcuterie fournie par la marque « Aux collines de l’Artois » ne serait pas si hallal que ça.

Des musulmans sciemment trompés ?

« La charcuterie avait un goût bizarre ». C’est ce qu’avaient remarqué certains consommateurs de la marque incriminée. Il s’agissait en fait d’un produit connu sous le nom de Melona, une composition à base d’ail en poudre, de marjolaine, de maigre de veau mais aussi… de maigre de porc et de saucisson au jambon pour assaisonnement. Alerté, Abdelkader Aoussedj a immédiatement pris les devants en le faisant analyser. Et le Centre Technique de la salaison de la charcuterie et des conserves de viande (CTSCCV) de Maisons-Alfort a effectivement révélé des traces de porc. Toutes les mosquées de la région ont été mises en alerte.

A. Aoussedj dénonce les agissements peu scrupuleux d’un fournisseur qui aurait sciemment trompé clients et commerçants hallal. Il a souligné dans certains communiqués qu’il comptait porter plainte contre lui pour faute grave. Il a, par ailleurs, a demandé aux producteurs hallal une plus grande traçabilité de leurs produits.

Après de nombreuses tentatives, Afrik.com a réussi à avoir en ligne le fournisseur incriminé. Le court entretien téléphonique obtenu avec le patron de la maison « Aux collines de l’Artois », aura été, au final, peu convainquant. Selon ses dires, une contre expertise, qu’il a lui-même sollicité, aurait été lancée. Les résultats devraient tomber dans huit jours. Reste que le discours de l’homme s’avérait pour le moins contradictoire. En lui demandant s’il réfutait pleinement les faits, ce dernier a clairement répondu « oui », tout comme il a clairement répondu « oui » à la question de savoir s’il avait mis sciemment du porc dans sa préparation. Stress ou incompréhension, les propos du chef d’entreprise ne sont pas de nature à convaincre les consommateurs de sa bonne foi.

La question de la traçabilité

Afrik a également tenté de joindre les sociétés de contrôles AVS et MCI. Du côté du circuit AVS, des consignes strictes auraient été données au personnel afin de ne communiquer aucune information sur le sujet. « Nous avons reçu des consignes strictes. Je ne peux pas vous fournir de renseignements (…) Des journalistes nous ont déjà floués et ont transformé nos propos, les rendant tout noir », explique un des membres du personnel. Un manque de traçabilité étrange, d’autant plus que, suite à l’affaire du Nord-Pas-de-Calais, la Fédération des associations musulmanes du Nord a exigé un niveau plus élevé de transparence. Pour éviter ce genre de problème, il faut, selon la fédération, que les denrées soient soumises au même cadre juridique que celui de la viande bovine, avec des étiquettes claires et nettes pour que le produit soit estampillé hallal.

Alors que les labels hallal sont de plus en plus nombreux sur le marché français, les scandales ne cessent d’affluer. Des tromperies mises en l’évidence par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de répression des fraudes. En 2000, Isla Délice, un des deux leaders français du marché, produit par la société Celvia, a ainsi été condamné. Le ministère de l’Economie a reproché à l’administrateur du label, M. Hertzog « d’avoir trompé le consommateur sur les qualités substantielles de charcuterie volaille destinées au marché particulier des consommateurs de confessions islamique ». La condamnation par le tribunal de grande instance de Nanterre en mars 2000 s’est soldée par 2 286 euros d’amende. Le président du Conseil d’Administration de la société a, pour sa part, été condamné pour « falsification de denrées alimentaires, vente et détention de ces denrées ». En 2002, c’est le groupe Routhiau qui avait été accusé et condamné pour avoir utilisé du sang de porc dans l’élaboration de ses produits et plus particulièrement dans le jambon de dinde hallal. La société a été condamnée à 4 500 euros d’amende.

Une méfiance de tous les jours

D’insoupçonnables produits de consommation courante contiennent du porc. Comme l’avait révélé l’affaire des bonbons fait avec de la gélatine de porc. On retrouve également des traces de porc dans certains produits laitiers, comme certaines crèmes fraiches ou encore certains yaourts nature ou liégeois. Certains gâteaux utilisent également des dérivés de la viande porcine comme conservateur. Aussi, pour éviter toute surprise, le consommateur doit scrupuleusement lire à chaque fois la liste des ingrédients des produits qu’il achète.

Un autre problème réside dans l’achat de viande hallal par les bouchers musulmans. Selon un imam de la Mosquée de Paris, 50% de la viande vendue au grand marché de Rungis finissent, par exemple, dans des boucheries islamiques. Une viande qui n’est nullement hallal pour le grossiste et pour le commerçant, mais qui le deviendra in fine pour le consommateur dupé.

Afrik.

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