Soixante ans après la bombe atomique : Le deuil jamais fini d’Hiroshima

[img align=right]http://www.lematin.ma/journal/photos/20050807-b-hiroshima.jpg[/img] «Nous faisons face à une menace réelle de voir les armes nucléaires se propager. Sans action concertée, nous risquons d’être confrontés à une cascade de prolifération nucléaire», a averti M. Annan dans un message lu devant 55.000 personnes rassemblées dans le Parc de la Paix à Hiroshima (sud du Japon).

Le secrétaire général a dénoncé «les efforts continuels pour renforcer et moderniser des arsenaux nucléaires» au moment où les ambitions nucléaires de l’Iran et de la Corée du Nord ont déclenché des crises internationales majeures. Il a également exhorté les dirigeants du monde à agir concrètement contre les armes nucléaires pendant la prochaine session de l’Assemblée générale des Nations unies qui débute le 13 septembre à New York.

A 08h15 samedi, une cloche a gravement retenti. L’ancienne ville martyre d’Hiroshima, capitale mondiale du pacifisme, s’est immobilisée pour une minute de silence en souvenir des 140.000 morts de la première bombe A de l’Histoire.

Habillés de noir, des survivants et des proches des victimes se sont inclinés en fermant les yeux, sans paraître perturbés par les cris de manifestants pacifistes au loin.

Assez de ces commémorations hypocrites ! Quand le Japon s’allie aux Américains pour faire la guerre !, hurlaient les militants pacifistes en dénonçant le Traité de sécurité nippo-américain et le déploiement japonais en Irak.

A la tribune officielle, le Premier ministre Junichiro Koizumi a promis que le Japon resterait un pays pacifiste et non-nucléaire, devant une foule de quelque 55.000 personnes réunies dans le Parc de la Paix.

Digne et solennelle, la cérémonie a lieu sur la vaste esplanade du Parc mémorial, dominée au loin par le squelette du dôme atomique, le seul bâtiment du centre-ville qui a miraculeusement survécu au bombardement du 6 août 1945, alors qu’il n’était situé qu’à 160 mètres de l’hypocentre de l’explosion.

Un millier de colombes ont été lâchées pour s’envoler au-dessus du dôme. Au centre de l’esplanade, se dresse le cénotaphe du souvenir qui honore les victimes du bombardement, et devant lequel se sont inclinés tous les dignitaires invités.

C’est là que, dès avant l’aube, les habitants d’Hiroshima s’étaient pressés par dizaines pour adresser des prières à leurs morts dans le recueillement.

Toutes générations confondues, ouvriers en uniformes, vieillards en fauteuil ou se déplaçant à l’aide d’une canne, étaient venus allumer des bâtons d’encens, déposer des fleurs, oeillets, roses ou tournesols, et prier devant l’arche qui abrite le registre des victimes. La procession s’est effectuée dans le silence, à peine troublée par les crépitements des flashs des photographes. Puis le silence s’est peu à peu rompu : des voix s’élevaient, des groupes entiers de moines, d’écoliers ou d’officiels défilaient devant le monument.

L’intensité du soleil d’août montait au rythme du chant des cigales.

survivants acceptaient de répondre aux interviews, d’autres quittaient furtivement les lieux, en écrasant souvent des larmes.

Si vous me demandez ce que je ressens, je ne peux pas l’expliquer. Pendant plus de cinquante ans après la guerre, je n’ai pas pu venir ici. Je ne peux pas non plus aller visiter le musée, affirme Michie Kakimoto, une femme menue de 79 ans, courbée sous les effets de l’âge.

Venu d’Osaka (ouest), Takashi Nishikawa, 74 ans, habitait Hiroshima au moment du bombardement atomique.

L’explosion de la bombe m’a réveillé en sursaut. Trois membres de ma famille sont morts brûlés, les deux autres ont survécu, dit-il, accusant le Premier ministre de ne pas prendre la défense de la paix au sérieux. Pourtant, le souvenir d’Hiroshima commence à s’effacer. 5.375 survivants du bombardement sont décédés au cours de l’année écoulée.Un peu à l’écart, sur un fauteuil roulant, Shin Hibiki, faisait face au cénotaphe.

Il avait disposé devant lui des boîtes qui contenaient les restes de quatre victimes du bombardement. Même si tout le monde préfère reposer en paix dans des tombes, ces personnes ont sacrifié leur repos éternel au nom de la paix, a déclaré le vieil homme, en référence à la célèbre phrase gravée sur le monument : Que toutes les âmes reposent ici en paix, car nous ne répèterons jamais cette erreur.

Quelle erreur ? Il y a deux erreurs, souligne le président de la Chambre des députés Yohei Kono: L’une a été la décision du Japon de choisir l’option militaire quand il aurait pu s’allier avec les autres pays asiatiques pour combattre l’impérialisme.

L’autre erreur fut de recourir à des bombes atomiques contre des civils, et ça c’est impardonnable, quelle qu’en soit la raison.

source:lematin

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