Sharon de nouveau opéré en urgence

L’état de santé d’Ariel Sharon s’est brusquement détériorié vendredi matin. Après un scanner du cerveau en début de matinée, le premier ministre israélien a été transporté d’urgence au bloc opératoire pour subir une intervention destinée à stopper une nouvelle hémorragie cérébrale. «Au cours de l’examen, nous avons constaté une montée de la pression intracrânienne, des changements de la pression sanguine (…) ainsi qu’une zone d’hémorragie», a déclaré le professeur Shlomo Mor Yossef, directeur de l’hôpital Hadassah.

Ariel Sharon, 77 ans, a été hospitalisé mercredi soir à la suite d’une première hémorragie cérébrale que les neurochirurgiens avaient réussi à endiguer au terme d’une intervention chirurgicale de sept heures. Il est depuis lors plongé dans un coma artificiel.

Aux premières heures de vendredi, avant la nouvelle alerte, son état était qualifié de critique mais stationnaire. Excluant son retour aux affaires, ses médecins estimaient qu’il faudrait encore plusieurs jours pour évaluer l’étendue des dégâts de son attaque cérébrale massive de mercredi soir. Selon une source médicale de l’hôpital Hadassah et un de ses proches collaborateurs, l’attaque aurait causé un «dégât considérable à son cerveau». Les médecins devaient tenter de le faire sortir graduellement dimanche du coma.

Un des chirurgients l’ayant opéré, Felix Umansky, avait affirmé jeudi soir que Sharon n’était pas à ce stade dans un état pouvant être qualifié d’«irréversible». «C’est sérieux mais je ne peux pas dire que c’est irréversible. C’est grave et nous devons attendre un certain temps pour voir comment cela évolue», a-t-il dit. Certains commentateurs rappelaient par ailleurs la rapidité avec laquelle Sharon était sorti de l’hôpital, à sa propre insistance, après une première alerte le 18 décembre.

Fragilisé par la perte de son leader, le parti Kadima devance toujours ses rivaux, selon deux sondages publiés après l’hospitalisation de Sharon. Si le Premier ministre par intérim Ehud Olmert conduit le parti aux législatives anticipées prévues le 28 mars, Kadima remporterait 40 sièges sur 120, selon un sondage du quotidien Haaretz, et 39 selon le Yediot Aharanot. Si l’ancien Premier ministre et prix Nobel de la paix Shimon Pérès, 82 ans, succédait à Sharon à la tête du parti, un cas de figure très improbable, Kadima pourrait espérer encore un meilleur score. Dans les deux cas, il est crédité de plus du double de mandats que le parti travailliste ou le Likoud (droite nationaliste). La portée des sondages doit cependant être relativisée: ils ont été réalisés alors que les Israéliens sont sous le choc de l’accident de santé de Sharon et que la campagne électorale n’a pas encore commencé. Pérès, que le parti travailliste tente de ramener au sérail, devait s’entretenir en cours de matinée avec Olmert pour discuter de son rôle au sein de Kadima.

Au plan international, l’hospitalisation du Premier ministre continue de susciter l’inquiétude sur les chances de relance du processus de paix au Proche-Orient, après les espoirs suscités par le retrait israélien de la bande de Gaza. «Notre nation adresse sa plus profonde sympathie à Ariel Sharon (…) Nous prions pour son rétablissement», a déclaré le président George W. Bush. Le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan a lui aussi exprimé sa «vive inquiétude». Et le président français Jacques Chirac a souhaité que «se poursuivent les initiatives courageuses» prises par le Premier ministre israélien, lui adressant «tous ses vœux et toutes ses pensées».

Liberation FR

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