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Dossiers du maroc

Diplômés chômeurs. Entre chantage et dérives sectaires

A défaut d'obtenir des postes dans la fonction publique, les diplômés chômeurs envisagent de plus en plus le suicide collectif. Certains sont même passés à l'acte. Le gouvernement hurle au chantage et il n'a pas tort. Mais il est, en grande partie, responsable de cet enfermement idéologique qui confine au sectarisme. Le point sur un drame national qui s'aggrave de jour en jour.


Plus besoin du prétexte d'une invasion étrangère, ou de celui d'un conflit religieux, pour s'immoler par le feu. Ce moyen de protestation extrême commence à se propager dangereusement dans le milieu des adorateurs de la fonction publique, plus connus sous l'appellation de “diplômés chômeurs”. Depuis le suicide, en août 2005, de Abdelhakim Hachemi, une des nombreuses victimes de l'affaire Annajat, les menaces de suicides collectifs sont devenues récurrentes. Certains sont même passés à l'acte : le 15 décembre 2005, six chômeurs appartenant au “groupe des détenteurs des lettres royales”, ont tenté de se brûler vifs. Aucun n'en est mort, mais tous ont été gravement brûlés et leurs photos atroces, largement publiées dans la presse, ont choqué l'opinion publique. Pas plus tard que le 2 mars dernier, plusieurs lauréats du programme national de formation qualifiante ont failli se transformer en torches humaines dans le quartier du Mellah à Rabat, suite à un nouvel appel au suicide collectif. Sans l'intervention des forces de l'ordre, le drame aurait contribué à radicaliser plus encore les diplômés chômeurs. Mais ne le sont-ils déjà pas assez ? “La fonction publique ou la mort”, tel est, désormais, le slogan officiel en vertu duquel sont brandies les menaces de suicide.

Le mouvement revendicatif sombre dans un fanatisme sans précédent, à mesure que le désespoir monte et que la durée du chômage des adhérents augmente. “Je suis chômeur depuis 1991. Je ne vois aucun sens à ma vie si mon droit au travail dans la fonction publique n'est pas respecté”, clame Mohamed Bouguetta, 41 ans, un des 15 “militants” qui ont ingurgité de pleins bidons d'essence au Mellah. Du côté de la Wilaya, on assure pourtant que des propositions d'embauche concrètes ont été présentées aux protestataires, dans le cadre des projets structurants planifiés dans la région de Rabat. Ce que ce groupe réfute mollement, en affirmant qu'il n'a reçu aucune “proposition constructive”. Indéniablement léger, face à une menace aussi grave que l'immolation par le feu…

Qu'espèrent donc ces “fanatiques du fonctionnariat” ? “Nous voulons simplement que le gouvernement respecte ses engagements”, répondent-ils en chœur. Pas la peine de leur conseiller d'aller voir ailleurs. Ils disent avoir tout essayé, tapé à toutes les portes, sollicité toutes les bonnes volontés. Mais à les entendre, on a du mal à les croire sur parole. Le secteur privé ? Il est selon eux “désorganisé, instable et clientéliste”. Le micro-crédit ? “C'est pour les femmes”. Quant aux détenteurs de doctorats, ils refusent toute idée de formation qualifiante, estimant qu'ils sont “suffisamment diplômés comme ça”. Pas vraiment étonnant qu'un responsable gouvernemental leur ait lancé un jour, écumant de rage : “allez donc vous faire cramer, puisque c'est ce que vous voulez !”. Non, ce que veulent les diplômés chômeurs est parfaitement clair : des postes de fonctionnaires. Certains groupes sont intraitables là-dessus. L'idée que la fonction publique soit saturée, ils refusent tout simplement d'y penser. “Vous croyez que nous avons le choix ? Nous avons passé nos plus belles années à militer pour avoir un emploi digne. Ce n'est pas maintenant qu'on va nous dire que l'Etat n'embauche plus !”, s'emporte un membre du groupe des cinq (Al Khoums). En somme, un dialogue de sourds…

Une structuration impressionnante
L'âge moyen des diplômés chômeurs se situe entre 29 et 35 ans. Certains, comme Abderrazak, en ont même 42. Cet originaire de Marrakech est ingénieur Télécom. Son diplôme, il l'a obtenu en Allemagne, à l'âge de 38 ans. C'est probablement à cause de son âge avancé qu'il a du mal à trouver un travail. Mais lui croit dur comme fer que c'est parce qu'il est… “surdiplômé” ! Ce qui frappe dans le discours de ces jeunes (et moins jeunes), c'est leur indécrottable fatalisme, doublé d'une tendance systématique à rejeter la responsabilité sur les autres. En l'occurrence : le système éducatif, l'Etat et les entreprises. Une attitude qui bloque définitivement toute possibilité d'autocritique. “La porte du dialogue est fermée depuis l'été dernier. C'est la Primature qui bloque notre dossier”, accuse l'un d'entre eux. “Faux, s'insurge Driss Guerraoui, qui suit ce dossier à la Primature. A aucun moment, le dialogue n'a été coupé”. Le groupe des Cinq, plus flexible, se dit prêt à négocier “des solutions concrètes”, voire à envisager des recrutements par les entreprises privées. Mais là encore, c'est sous conditions. Ils réclament ainsi d'être “à l'abri de tout licenciement ultérieur”, refusent d'avance d'être “exploités”, s'insurgent préventivement contre “la hogra”, rejettent toute idée de travail saisonnier… Bref, ils refusent fermement, en guise de préalable, tous les risques naturels inhérents à l'emploi privé. Impossible d'éviter cette question : nos diplômés chômeurs cherchent-il un job ou une planque ?

Il faut dire que l'Etat n'est pas le dernier à nourrir leur hantise du privé. Récemment, lors d'une émission télé, le ministre de l'Emploi, Mustapha Mansouri, s'est laissé aller à dénoncer “l'anarchie qui règne dans le secteur privé”. Immédiatement, cette déclaration abusivement générale est devenue un des slogans préférés des diplômés chômeurs. Une imprudence verbale dont le gouvernement risque de payer le prix pendant longtemps.“Il est vrai que la première responsabilité de l'Etat consiste à favoriser la création d'emplois. Mais en même temps, cette fixation sur la fonction publique peut mener à l'extrémisme”, analyse le militant altermondialiste Kamal Lahbib. Selon lui, les diplômés chômeurs entretiennent une confusion à la base : le “droit au travail” qu'ils brandissent inlassablement ne signifie pas le droit d'accéder à l'administration mais plutôt le droit de ne pas être exclu du marché pour des raisons religieuses ou raciales. Une définition que les “militants” se refusent mordicus à entendre.

Bercés par les promesses de l'Etat, certains diplômés chômeurs ont fait de leur militantisme une activité quasi-politique. Au fur et à mesure que leur chômage dure, une terminologie combattante se développe dans leurs rangs et s'enracine dans leurs esprits : “souffrance collective”, “martyrs”, “camarades de lutte”, “injustice”… Pauvreté aidant, cette fixation désespérée sur le fonctionnariat a abouti à un enfermement idéologique perceptible chez les quatre groupes les plus actifs (“Al Amal”, le “Groupe des cadres supérieurs”, le “Groupe des cinq”, et le “Groupe des 14”). “C'est normal que je veuille me sacrifier pour mes frères. Je partage avec eux ma vie, ma nourriture et ma souffrance quotidienne”, lâche, désespérée, Karima, diplômée en linguistique arabe. “Quand les policiers nous frappent dans la rue, nous formons un seul corps. Alors si la mort de l'un d'entre nous peut sortir les autres de la misère, pourquoi pas ?”. Pendant une manif, sa copine Habiba Baâlla, 29 ans et diplômée en linguistique, a ingurgité du poison pour empêcher un policier de la frapper. “Ce 8 mars, ma mère m'a envoyé un certificat d'indigence pour que je puisse aller me faire soigner à l'hôpital”, confie-t-elle, au bord des larmes.

Dans leurs rencontres quasi-quotidiennes en face du Parlement ou dans les cafés de Bab el Had à Rabat, les diplômés chômeurs donnent l'impression de vivre dans un monde à part (lire l'avis du psy, encadré ci-dessous). Un monde à eux, où solidarité et dévouement à “la cause” sont les principaux mots d'ordre. Les malades achètent ainsi des médicaments grâce aux contributions de leurs camarades. Les consommations dans les cafés sont payées à tour de rôle, ou à travers une caisse commune. Et tout ce beau monde s'enferme progressivement dans une rhétorique destructrice sans issue, pouvant mener jusqu'au suicide.

Les diplômés chômeurs sont-ils devenus une secte ? On appelle ainsi “toute structure dogmatique fermée sur elle-même, soumise à un chef, présent ou virtuel”. Dans ce cas de figure, il y a bien phénomène de soumission. Sauf que ce n'est pas à un chef, mais à un concept dorénavant sacralisé : la fonction publique, envers laquelle les diplômés chômeurs ont développé une dépendance psychologique, intellectuelle et émotionnelle quasi-totale. Une dépendance qui rend problématique la perspective de quitter le groupe, devenu, d'après un psychologue, “une prothèse relationnelle entourée d'alternatives menaçantes ou vides”. C'est ce qui explique que la plupart des membres de l'Association nationale des diplômés chômeurs (ANDC), la plus vieille mais aussi la plus étendue des organisations existantes, travaillent dans le commerce… tout en continuant à revendiquer des postes dans l'administration !

Au niveau organisationnel, les groupes de diplômés chômeurs sont très structurés. Leur formation supérieure y est sans doute pour beaucoup. Le taux d'assiduité dans les réunions et dans les sit-in est, par exemple, remarquable. Normal : le taux de présence aux réunions compte pour beaucoup dans un système de notation très pointu développé par les différents groupes. C'est en fonction de la “note” reçue par chacun que les listes de candidats “prioritaires” à l'emploi sont établies, à chaque fois que le gouvernement en réclame une. Même si elles n'ont pas le statut d'ONG, les organisations de diplômés chômeurs ont des bureaux exécutifs, organisent des élections, des assemblées générales, mettent au point des systèmes de cotisations… Pour payer leurs charges fixes (impression de tracts, déplacements…), ils font circuler de grosses tirelires dans la rue en demandant la charité. En moyenne, les recettes avoisinent les 5000 DH par mois, en plus de quelques dons occasionnels - qui sont d'ailleurs entourés d'un épais mystère.

Très difficile, voire impossible d'établir avec certitude l'effectif total des diplômés chômeurs au Maroc. Ce qu'on sait, c'est que les plus actifs, ceux qui manifestent quasiment tous les jours à Rabat, sont environ 900. Installés chez leurs familles ou locataires dans des quartiers pauvres, ils passent leurs journées à protester en face du Parlement, à se réunir ou à rédiger des communiqués. Pour vivre, ils ont parfois recours à la mendicité déguisée (vente de Kleenex ou de confiseries aux feux rouges…). Fervents protestataires, ceux-là ont aussi ciselé leurs talents de politiciens, au gré des rounds de négociation avec l'Etat… et de ses promesses non tenues. Leur désespoir, mais surtout leur forte médiatisation et la sympathie que suscite leur cause dans l'opinion publique, font d'eux des “clients” très convoités par les partis politiques. D'un côté, des partis de “gauche pure” comme Annahj Addimocrati ou le Parti socialiste unifié sont très présents dans l'ANDC. De l'autre, les islamistes ont des sympathies dans le groupe des cadres supérieurs. Naturellement, le parrainage islamiste ne s'affiche pas. Plus subtil, il a aussi un côté créatif : “Sous le parapluie de la charité, les islamistes prennent en charge des diplômés chômeurs en payant leurs loyers”, raconte un syndicaliste.

La grave erreur de Youssoufi
La radicalisation du mouvement a commencé avec l'avènement du gouvernement Youssoufi, qui a inauguré le cycle des concessions dangereuses. Mais pour comprendre comment les pouvoirs publics se sont embourbés dans ce dossier, il faut remonter à la genèse du mouvement. Quand Hassan II se réveille aux cris des jeunes émeutiers de Fès, en décembre 1990, il demande immédiatement à Driss Basri de lui faire un rapport sur la situation. En bon sécuritaire, l'ancien ministre de l'Intérieur n'hésite pas à accuser les étudiants et les diplômés chômeurs d'être derrière les émeutes. En réaction, Hassan II crée, en janvier 1991 et dans l'urgence, le Conseil National de la jeunesse et de l'avenir (CNJA), et charge cette nouvelle structure de lancer une enquête systématique sur les licenciés à la recherche d'un emploi. A l'époque, ils sont déjà 120 000 à galérer pour trouver un poste stable. C'est que le programme d'ajustement structurel, mis au point dès les années 80 sous l'injonction des institutions financières internationales, impose à l'Etat de ne plus recruter dans la fonction publique. Résultat : l'administration ne crée plus que 12 000 emplois par an, contre 28 000 au début des années 80. Or le chômage frappe déjà, selon les chiffres officiels, près de 20 % de la population active. La pression de la rue commence à s'amplifier. Dès 1991, les forces de l'ordre font régulièrement face aux offensives structurées de la toute jeune ANDC, qui compte aujourd'hui plus de 100 sections à travers le royaume.

Face à l'inquiétant diagnostic fourni par le CNJA, Basri en personne lance un programme d'embauches en urgence. Et fait voter une première loi dans la foulée : pour encourager l'insertion des jeunes diplômés, l'Etat exonère de charges les entreprises acceptant de les employer dans le cadre de stages de formation-insertion - mais avec un salaire mensuel des plus modestes, puisqu'il ne dépasse pas 2000 dirhams. En 1994, un fonds pour la promotion de l'emploi est institué, qui doit permettre aux jeunes diplômés souhaitant créer leur propre entreprise de bénéficier de prêts à des conditions avantageuses.

Mal goupillées par l'Etat, ces mesures ne donnent aucun résultat tangible. En octobre 1997, quelques mois avant l'alternance, un nouveau programme baptisé “emploi formation jeunes” est lancé. Objectif : placer 20 000 jeunes diplômés chaque année dans les entreprises. Dans la foulée, 20 “Centres d'information et d'orientation pour l'emploi” (Ciope) sont créés, pour remplir une fonction d'intermédiation entre patrons et diplômés. Les résultats sont maigres : tout juste un millier de candidats placés, cette année-là. Mais c'est moins la faute de l'Etat que des candidats eux-mêmes.

Sur les 120 000 diplômés chômeurs recensés, en effet, très peu souhaitent lancer leur propre entreprise, soutien public ou pas. Leur revendication unique s'affiche sans complexe : des postes dans l'administration sinon rien. Qu'à cela ne tienne. Alors que les postes budgétaires sont distribués au compte-goutte par le ministère des Finances, Basri donne ordre aux présidents de communes de recruter à tour de bras. “Driss Toulali, directeur à l'époque des collectivités locales, dérochait son téléphone et s'adressait directement aux présidents de communes pour leur communiquer le quota de diplômés chômeurs qu'ils devaient recruter. Le plus souvent, avec des salaires qui ne dépassaient pas le smig” s'indigne un ex-président de commune qui a vécu cette situation. Mais plus Basri “case” des diplômés chômeurs au forceps, plus ceux qui ne sont pas encore casés s'organisent, manifestent et se radicalisent. Et plus de nouveaux venus viennent grossir les rangs du mouvement. Pour le coup, leur argument est difficilement contestable : “pourquoi certains et pas d'autres ?”.

Mais c'est sans doute le gouvernement Youssoufi qui est le plus responsable de l'ampleur dramatique prise par le phénomène. Des discours d'une démagogie écoeurante fleurissent dans la bouche des leaders de la nouvelle majorité - ce qui pousse les diplômés chômeurs à devenir de plus en convaincus de leur “droit” à un poste dans la fonction publique, et donc à radicaliser leurs modes de protestation. Devant la vigueur des manifestations, Youssoufi signe, quelques mois à peine après son investiture, un engagement écrit avec les représentants des associations. Une convention par laquelle le gouvernement s'engage à trouver un emploi “dans la fonction publique” aux diplômés chômeurs ! Le gouvernement croit gagner du temps. En fait, “il fournit aux diplômés chômeurs l'arme absolue : un engagement écrit qu'ils brandiront par la suite à tout bout de champ, et qui leur permettra de rejeter, en toute bonne conscience, toute autre alternative que l'embauche par l'administration”, soupire un ancien ministre du gouvernement Youssoufi qui avait tenté en vain, à l'époque, de tirer la sonnette d'alarme.
Sur ce, survient l'affaire Annajat, qui finit d'achever le peu de crédibilité qui restait encore au gouvernement en matière de création d'emplois. C'est en 2002 que cette société émiratie promet des emplois sur des navires de croisière à 30 000 jeunes Marocains. Dans cette affaire, la responsabilité de l'Etat est d'autant plus grave que c'est l'Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (ANAPEC), une institution publique parrainée par le ministère de l'emploi et dont le conseil d'administration est présidé par le premier ministre en personne, qui sert d'intermédiaire entre Annajat et les candidats au travail. La suite, on la connaît : les “frais de traitement de dossier” (900 DH par candidat) sont empochés par les responsables d'Annajat, qui finissent par disparaître dans la nature. C'est l'ex-ministre de l'Emploi Abbas El Fassi, qui a longtemps clamé qu'il était en train de lancer “la plus grande opération de recrutement que le Maroc ait jamais connue”, qui porte la plus lourde responsabilité dans ce scandale. Les victimes n'hésitent pas à accuser le leader du parti de l'Istiqlal d'avoir utilisé cette affaire pour gagner des électeurs avant les législatives 2002. S'en est suivie une série de manifestations des victimes, à Rabat comme ailleurs, souvent matées avec une rare violence par les forces de l'ordre.

Jettou s'enferre dans le piège
C'est aussi en 2002, dès sa nomination à la tête du gouvernement, que Driss Jettou charge son nouveau ministre de l'Emploi, Mustapha Mansouri, de créer une commission spéciale pour l'examen des mesures urgentes à prendre au sujet de l'affaire Annajat. A aujourd'hui, près d'un millier de victimes ont pu obtenir des contrats de travail à l'étranger, essentiellement en Espagne et en Italie. Mais il en reste 29 000 sur le carreau. L'affaire Annajat est aujourd'hui entre les mains de la justice, et les victimes campent toujours devant le siège de l'Union Marocaine du Travail, temple des diplômés chômeurs depuis une dizaine d'années… grossissant par la même occasion l'armée déjà en place.

Quelle responsabilité assume aujourd'hui le gouvernement Jettou dans le pourrissement de la situation ? Côté primature, on avance candidement que “le gouvernement, qui a pris à son compte l'engagement signé par Youssoufi, a réussi à placer plus de 2000 diplômés dans la fonction publique”. Autrement dit, c'est la même spirale infernale qui continue : plus il y a de recrutés, plus il y en a qui réclament d'être recrutés. La primature en est-elle seulement consciente ? Réponse de Driss Guerraoui, chargé du suivi du dossier : “La commission mise en place par le premier ministre a toujours proposé aux différents groupes de diplômés chômeurs d'autres alternatives comme la création d'entreprises ou des programmes de formation-reconversion… Mais malheureusement, ces alternatives sont systématiquement rejetées”.

Auto-emploi, création d'entreprises, régionalisation des concours dans la fonction publique, système d'incitation au premier emploi… aucune des recettes proposées par le gouvernement ne trouve grâce au yeux de diplômés chômeurs fragilisés par des années d'attente. Sans oublier le manque de coordination dans la gestion du dossier, déchiré entre les discours démagogues persistants des politiciens et la propension des sécuritaires à disperser violemment toutes les manifestations de rue.

La situation aujourd'hui semble totalement bloquée. Avec la mise à exécution des menaces de suicides collectifs qui commence, on est désormais, en permanence, au bord du psychodrame national. Difficile d'entretenir un dialogue instructif dans cette ambiance… d'autant plus que, désormais, le mouvement est ouvertement politisé. De plus en plus, on entend les diplômés chômeurs fustiger “le train de vie somptueux du chef de l'Etat”, les “dépenses faramineuses des ministres”, “les indemnités scandaleuses accordées aux députés”, ou encore “l'addition particulièrement salée des départs volontaires à la retraite”. Difficile, il est vrai, de leur donner tort sur ces points…





Telquel.
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