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Dossiers du maroc

Nos jeunes sont inquiétants

Nos confrères de L'économiste continuent à publier les résultats d'une grande enquête réalisée en partenariat avec le cabinet d'études Sunergia. Objet de l'enquête : “Qui sont les jeunes d'aujourd'hui et quel Maroc vont-ils produire ?”. Les résultats donnent froid dans le dos.

Depuis quelques jours, un spot publicitaire passe en boucle sur les deux chaînes de télévision. On y voit, sur un fond vert flashy, de jeunes et plutôt belles têtes défiler, sourire aux lèvres, inciter les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales. La réalisation du spot n'est peut être pas parfaite, mais ses auteurs ne se sont pas trompés de cible. Les jeunes en âge de vote constitueront, statistiques à l'appui, le véritable enjeu des prochaines élections. Selon le dernier recensement de la population, les 15-29 ans représentent plus de dix millions. C'est déjà le tiers de la population totale. En fait, c'est une population à part. Avec ses propres références, ses propres choix et sa propre “identité”. C'est justement ce qui motive l'enquête de L'économiste, réalisée en partenariat avec un cabinet d'études de la place. Quelque part, les résultats de cette enquête confortent, chiffres à l'appui, de nombreux observateurs et chercheurs en sociologie dans leurs hypothèses et leurs observations.

Sexe : “j’ai pas les moyens”
Que répondrez-vous par exemple à cette question : avec qui nos jeunes ont-ils leurs première relation sexuelle ? La réponse diffère selon le sexe. Pour les filles, c'est bien simple, 66% d'entre elles affirment ne pas encore en avoir eu. Sincérité ou peur du regard de l'autre ? Mystère. Toujours est-il que toutes avancent que si elles n'ont pas de relations intimes, c'est d'abord à cause de l'entourage familial et du jugement de la société (une fille qui a des relations sexuelles est traitée de fille légère, pute, etc.). Un taux pratiquement insignifiant avance spontanément la peur d'une grossesse involontaire ou les MST comme obstacles aux relations sexuelles. Autre surprise, 3% des filles seulement (taux non significatif) cite la perte de virginité comme frein aux relations sexuelles. Si les filles se cachent pour « aimer », les garçons s'en vantent. 67% d'entre eux affirment « avoir déjà eu une relation ». Un garçon sur trois affirme l'avoir fait, la première fois, avec une prostituée. On ne s'étonne alors pas de constater que 40% des garçons disent ne pas avoir de relations sexuelles par “manque d'argent”. “Ici, explique le sociologue, l'argent est lié à l'espace de la relation sexuelle. Pour que la fille se sente en sécurité, il faut au moins sécuriser le transport et le lieu de l'acte sexuel. Cela demande de l'argent”.

L'apprentissage du sexe ? Garçons et filles le font, généralement, sur le tas. La preuve : 64% des filles affirment ne pas utiliser de moyens de contraception. La protection ne commence graduellement que vers l'âge de 25 ans. Parfois, c'est déjà trop tard. Autre trouvaille intéressante, presque personne parmi les sondés (garçons et filles) ne cite spontanément l'interdit religieux comme obstacle au sexe.

Religion : “j'kiffe grave !”
Que faut-il en déduire ? Que nos jeunes ne sont pas aussi attachés aux valeurs religieuses que leurs parents ? Difficile à dire avec 99% de jeunes qui disent faire le ramadan, 70% qui font la prière, un pourcentage important qui va à la mosquée ou qui lit le Coran. Paradoxe, schizophrénie ? Pas vraiment. En y creusant un peu, on se rend compte qu'une majorité (56%) fait la prière “occasionnellement” (cela peut être un mois par an ou une fois par semaine). Quant au Coran, beaucoup l'ont eu comme matière obligatoire à l'école. En fait, les chiffres les plus préoccupants concernent le conservatisme de nos jeunes. Jugez-en par vous-même : 49% préfèreraient une femme voilée (toutes classes sociales confondues). Selon le sociologue Jamal Khalil, “ces jeunes se sentiraient plus en confiance avec des femmes voilées. Ils auront ainsi la garantie de quelque chose, que ces filles n'ont pas eu de relations sexuelles avant le mariage…”.

Dans le même ordre d'idées, 73% n'épouseront jamais une non musulmane (pareil pour les filles) alors que les deux sexes n'ont pas de problème à épouser un(e) non musulman(e). Explication : pour se donner bonne conscience et faire accepter une moitié venue d'ailleurs, un passage protocolaire devant des adouls ne fait de mal à personne… Dernier chiffre intéressant : 57% des sondés (tous âges et classes sociales confondus) sont pour le hijab ! Ce conservatisme devient préoccupant quand 44% des sondés affirment qu'Al Qaïda n'est pas une organisation terroriste, et que 37% affirment “ne pas savoir”. “Là, nuance Jamal Khalil, il ne faut pas oublier que les avis se fabriquent à travers les télés arabes, rarement à l'école ou à travers un débat pluriel”.
Même préoccupation quand 32% des jeunes sondés affirment que “la religion doit guider les partis politiques”, que 37% s'y opposent (heureusement) et que 31% (quand même) ne se prononcent pas sur la question. Que veut dire ce silence ? En fait, l'enquête révèle une information de taille : un jeune au Maroc d'aujourd'hui, se considère d'abord comme musulman avant d'être marocain. “Normal, analyse Jamal Khalil, la communauté musulmane est plus large. D'autant plus qu'on n'a pas encore défini qui est le marocain alors que le musulman se définit avec des interdits et des obligations communs. C'est donc plus facile de s'identifier en tant que musulman”.

Politique : “j’aime pas…”
Quand il n'est pas en classe ou chez lui , un jeune Marocain est souvent dans la rue, avec son copain ou sa copine, avec des amis ou des camarades de jeu. Presque personne (ou alors le taux est tellement bas) parmi les jeunes sondés n'a déclaré s'investir dans une activité associative ou politique. Bref, le Maroc, les jeunes de l'enquête le construisent, le rêvent ou le critiquent entre amis, et dans la rue. 95% d'entre eux ne s'identifient à aucun courant politique, 68% n'ont pas confiance en la politique et 73% trouvent que leurs représentants les représentent mal. Et là encore, le religieux revient au galop. Souvent, les enquêteurs se sont entendu dire : “je ne m'identifie à aucun parti politique, mais je préfère qu'ils y mettent de la religion”. Ce qui veut dire, peut-être, “je ne fais pas confiance aux partis, mais je fais confiance à la religion”. Pas du tout rassurant.




Telquel.
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