| L'influence des attentats «Le sentiment d'une histoire commune existe, mais elle est perçue comme une succession de relations conflictuelles», explique Inmaculada Szmolka, chercheuse à l'université de Grenade, auteur d'une thèse sur l'image du Maroc dans l'opinion publique espagnole. Le souvenir est entretenu, de part et d'autre, des attaques des corsaires maures, de l'époque coloniale et du protectorat espagnol, de la participation marocaine à la guerre civile, ou de la sortie piteuse des Espagnols du Sahara au moment de la Marche verte. Une mémoire à vif, envenimée par les déséquilibres économiques entre les deux pays, qui n'ont fait que s'accentuer depuis trente ans. «Dans le discours politique, c'est toujours la rhétorique de l'amitié hispano-marocaine qui a prédominé, souligne l'universitaire. Même si les relations diplomatiques ont été ‘‘trop passionnelles'', ou peu rationnelles, surtout durant les années de gouvernement de José Maria Aznar.» En 2001, à l'issue des négociations ratées de l'Union européenne avec le Maroc sur les eaux de pêche, Aznar avait publiquement fustigé Rabat pour son attitude qualifiée d' «inacceptable», et averti des «conséquences» à venir. Ce coup de colère espagnol, assorti de menaces, allait aiguiser les nationalismes et sonner le début des escarmouches sur tous les fronts. Le nouvel exécutif espagnol est bien décidé à éviter que la situation ne se reproduise. D'autant que les attentats de Casablanca, en mai 2003, puis ceux du 11 mars à Madrid ont rendu plus nécessaire, encore, la coopération des forces de sécurité entre les deux pays: «Après Casablanca, il y a eu une prise de conscience que le terrorisme affecte tout le monde. Ce n'est pas un phénomène qui va du Sud vers le Nord, mais une menace pour tout le pourtour méditerranéen et à laquelle nous devons faire face ensemble», explique-t-on au ministère espagnol des Affaires étrangères, satisfait du nouveau tour des relations bilatérales. Au-delà des réactions épidermiques ponctuelles, la diplomatie espagnole a compris la nécessité d'entretenir des relations harmonieuses avec le voisin du Sud, persuadée que la stabilité de la monarchie alaouite doit être la priorité de la diplomatie espagnole. Si l'on ne peut pas toujours échapper aux aléas d'une relation de voisinage compliquée, au moins peut-on amortir les angles: plus les relations seront étroites, plus les échanges seront intenses entre les deux pays, plus une rupture sera coûteuse, voire impossible. Un pragmatisme proche, finalement, des positions françaises, où l'on met l'accent sur les réussites de la collaboration bilatérale, quitte à enjoliver le tableau. Même si le prix à payer pourrait être, à terme, un débrayage en douceur sur la question de l'autodétermination du peuple sahraoui, ou une discrétion exquise sur le chapitre des droits de l'homme.
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