| Rapt en Irak. Al Qaïda cible le Maroc Moustapha Boualem et Abdelkrim Al Mouhafidi, les deux Marocains kidnappés en Irak ont finalement subi la loi de Zarqaoui et ses hommes qui les condamne à mort. Les autorités marocaines ont tellement tergiversé qu'elles n'ont rien vu venir. On craignait le pire pour les deux Marocains kidnappés en Irak, le 20 octobre dernier. Et le pire n’a pas tardé à se produire. Jeudi 3 novembre, l'organisation terroriste Al-Qaïda a annoncé avoir condamné les deux ressortissants marocains à la peine de mort, pour "apostasie". La sentence a été rapportée dans une déclaration, diffusée sur Internet, de la branche dirigée par Abou Mossab Al Zarqaoui. “Après l'examen de leur cas, notre tribunal a jugé qu'ils étaient, sans l'ombre d'un doute, des partisans des tyrans et membres du régime apostat du Maroc. Sur cette base, le tribunal de l'organisation Al-Qaïda en Mésopotamie a décidé de les exécuter conformément au jugement réservé par Dieu aux apostats”, indique le communiqué, dont l'authenticité n'a toujours pas pu être vérifiée. Seule certitude cependant : c'est bien cette même branche irakienne d'Al-Qaïda qui avait annoncé le 26 octobre le rapt de Moustapha Boualem et de Abdelkrim Al Mouhafidi, résidents en Irak depuis plus de 20 ans et mariés à des Irakiennes. Peuvent-ils encore échapper à cette lourde sentence ? Et comment nos officiels gèrent-ils la crise ? Dès le début de l'affaire, les autorités marocaines ont préféré afficher une grande prudence. Sur la mission diplomatique marocaine en Irak, l'omerta habituelle est restée de mise. Officiellement, une mission composée d'un diplomate et de deux agents de la DGED, et conduite par Mohamed Azeroual, directeur des Affaires arabes et islamiques au ministère des Affaires étrangères, s'était rendue mardi à Amman en vue de “contribuer aux efforts de recherche en cours, des deux employés de l'ambassade”, selon les termes du premier communiqué officiel. Un second communiqué “appelant à la libération immédiate des deux Marocains” avait couvert de ridicule ce ministère habituellement peu disert. Bref, des réactions officielles loin de répondre à la gravité de la crise. Ajoutez à cela les gesticulations maladroites des partis politiques, dont ce communiqué absurde de l'USFP, appelant le président Talabani, ennemi juré des jihadistes, à intervenir pour la libération des otages marocains. Nous étions à mille lieues des réactions auxquelles nous ont habitués des gouvernements étrangers qui ont été confrontés à ce type de crise. Dernier exemple en date, la mobilisation du ministre des Affaires étrangères algérien qui s’est battu jusqu’au bout pour éviter l'exécution des deux diplomates algériens en juillet dernier. Côté irakien, ce sont les islamistes qui ont créé la surprise en condamnant le rapt. Le Comité des Ouléma, principale association religieuse sunnite irakienne, avait lancé lundi 31 octobre 2005, un appel à la libération des deux ressortissants marocains. “Nous appelons ceux qui ont enlevé nos frères marocains à les libérer, au nom de l'islam et pour préserver la sainteté du mois de jeûne du Ramadan”, a affirmé le comité dans son communiqué. Position partagée par quelques salafistes marocains. Mais, surprise ! Selon une source sécuritaire, “le communiqué de condamnation signé Mohamed Fizazi qui devait parvenir à la presse a été bloqué”. Pourquoi ? Black-out. “C'est une erreur stratégique évidente”, s'indigne cet homme politique qui rappelle que dans l'affaire des deux diplomates algériens, exécutés en juillet dernier à Bagdad, les salafistes algériens avaient plutôt adopté une position contraire. Ils avaient soutenu Al Zarqaoui, appelant même publiquement au lynchage des deux hommes, accusés de travailler pour les services algériens. À quoi faut-il imputer la frilosité de la réaction officielle du Maroc ? Une semaine après la disparition des deux marocains, l'hypothèse de l'enlèvement politique n'était pas partagée par tous les observateurs. Malgré la diffusion du premier communiqué signé Abou Maïssara Al-Iraqi, porte-parole du groupe Al Zarqaoui, annonçant laconiquement que “vos frères dans la branche militaire de l'Organisation d'Al-Qaïda en Mésopotamie ont arrêté deux Marocains, employés de l'ambassade du gouvernement marocain à Bagdad”, la piste terroriste n’avait pas été retenue à 100 %. “Les deux employés auraient pu être pistés et enlevés par un groupe de malfrats désireux de mettre la main sur l'argent qui était en leur possession”, avance cet officier des renseignements, connaisseur de la région. Dans les arcanes du pouvoir marocain, explique ce responsable, “On y a même vu la main des Américains, qui chercheraient à tout prix à donner à cette affaire un caractère politique pour amener l'opinion publique marocaine à de plus tendres sentiments concernant la présence américaine en Irak”. Simple paranoïa d'agent secret ? Pas sûr. L'ambassadeur d'Irak au Maroc, Abdelmohsin Mhamed Saïd, n'était pas loin de partager la même lecture. “Les employés ont sûrement été victimes de l'une des nombreuses bandes armées mafieuses qui opèrent dans la région”, affirmait-il. Tous ces acteurs faisaient-ils sciemment fi de la menace que laisse planer Al Qaïda sur le Maroc ? Pas tous. L'hypothèse d'une réaction violente de la nébuleuse de Ben Laden contre Rabat en raison de son soutien inconditionnel à Washington a toujours été envisagée. D'autant plus que “Al Zarqaoui estime qu'un véritable émirat islamique se devait de montrer l'exemple en refusant tout contact diplomatique avec les états apostats comme l'Arabie Saoudite, le Maroc ou avec des organisations impies comme les Nations Unies” affirme François Didier, journaliste à Libé (France) qui a enquêté sur le personnage et a rencontré plusieurs de ses proches en Irak et en Jordanie. Pas de doute, l'intransigeance de Al Zarqaoui envers “les régimes impies alliés au grand Satan américain, dont le Maroc”, faisait craindre le pire pour les deux Marocains enlevés. Qu'est-ce qui empêcherait donc Rabat d'aller droit au but et d'établir une stratégie claire pour libérer les deux otages ? La situation était nouvelle et les spécialistes sollicités en étaient e source : telquel
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