Les poubelles vous répugnent. Certains photographes les adorent. Pas toutes quant même, uniquement celles des quartiers friqués d’Hollywood. Il est vrai que celles-ci rapportent un peu plus que les ordures de zebbalat merikan.
Là aussi, des hommes bâtissent leur fragile avenir en donnant une seconde vie aux ordures, mais il faut le reconnaître avec moins de réussite que leur confrères photographes. Et pour cause, Mel Gibson, Madonna et Clint Eastwood n’habitent pas la périphérie de Casablanca.
L’intérêt est tel pour les détritus de ces stars que les photographes en ont faits des œuvres d’arts exposées actuellement à la Maison européenne de la photographie à Paris.
Leur projet, expliquent-ils, n’est pas sensationnaliste mais s’inspire de la démarche d’un sociologue qui, pour étudier la société de consommation, invitait ses élèves à fouiller dans les poubelles.
Leur contenu, leur enseignait-il, est le reflet de leur propriétaire. Les poubelles sont, pour ainsi dire, le miroir de nos sociétés de consommation. Montre moi ta poubelle, je te dirais qui tu es.
Un miroir encombré et peu reluisant quand on sait combien les choses polluantes et souvent inutiles ont de l’importance pour l’homme mondial. Ainsi, la magnifique décharge de Mediouna serait le vaste miroir de la frénésie consommatrice de Casablancais rompus à tout ce que la mondialisation a de superficiel.
Tout comme les champs de sac en plastique noir qui signalent l’entrée des villes marocaines reflèteraient l’état de santé du service public. Il y a du vrai dans tout cela, mais revenons-en à nos stars.
La poubelle de Madonna, impeccablement présentée dans une galerie d’art, nous apprend qu’elle utilise le shampoing de marque superstar, que Mel Gibson met des caleçons en tissu écossais et enfin que John Travolta a fait acheminer à Los Angeles une pizza de Chicago. Excentrique et surprenant et qu’est ce qu’on s’en fout !
Mais le portrait sociologique de Houcine, qui habite un douar accolé à la métropole économique, l’est encore plus (surprenant). Sa poubelle nous apprend que le vieux est écologiste activiste depuis plus de cinquante ans, un véritable Greenpeace ambulant.
En effet, l’homme, son âne et sa carriole ont passé leur vie à collecter et à recycler les ordures. Les seuls détritus trouvés dans sa poubelle sont le fond de sa théière. Aucune galerie n’a pour l’instant eu l’idée d’exposer l’œuvre de cet iconoclaste artiste environnementaliste.
En attendant, il est toujours possible d’aller voir un peu partout au Maroc une exposition contemporaine mettant en scène des camions éboueurs déversant de l’huile de déchets broyés dans les rues. L’art dans toute sa splendeur avec en prime le bruit et l’odeur.
menara.ma



