Aïd El Adha et le nouvel an. Deux dates qui à chaque fois agitent les neurones de Kébir. Cette fois, c’est l’électrochoc financier et idéologique. Cette année, Aïd El Adha coïncide avec le nouvel an. La machine à réfléchir de Kébir s’emballe.
Le choc des cultures est décidément inévitable. Impossible d’échapper à la confrontation. Même le hasard des calendriers donne raison à Samuel Huntington et Ben Laden. Les civilisations sont condamnées à s’opposer. C’est la guerre des religions…
C’est du moins ce que pense, en vrac, l’ami de Kébir, un instituteur, gros consommateur d’al-Jazira, qui n’hésite jamais à communiquer ces idées brouillon à moins alphabète que lui. L’heure est venue pour nous tous de choisir, explique-t-il à Kébir. Soit tu fêtes Aïd Al Adha, soit tu fêtes le nouvel an. Soit tu es avec nous, soit tu es contre nous…
Kébir est perplexe, mais il a l’habitude. Face à la complexité du monde et des débats qui l’entourent, Kébir a appris à se défendre en se mutant en caméléon idéologique capable d’endosser une thèse et son contraire sans le moindre état d’âme.
C’est le seul moyen qu’il a trouvé pour faire face au brouhaha planétaire et national dans lequel l’a plongé la mondialisation, un concept dont il a vaguement entendu parler mais qui à ses yeux est simplement synonyme de Faoda.
Devant les propos énervés de son ami, Kébir fait mine d’acquiescer tout en réfléchissant au choc du quotidien. En effet, le double événement nécessitera le double d’ingéniosité pour être célébré.
Le 31 décembre, ce sera 24 heures chrono pour Kébir qui s’est promis de mener à bien ses deux missions, fêter et la viande du mouton et le whisky. En somme sa religion et ce qu’elle prohibe !
Mais ça, ça ne le dérange pas, il n’en est pas à une contradiction près. Ce n’est pas de sa faute, pense-t-il d’ailleurs, c’est la faute à la mondialisation, lui ne fait que la transcrire dans les actes.
Fouler l’année 2007 s’annonce ainsi particulièrement délicat. Pour y parvenir, Kébir réfléchit à rebours et cogite déjà sur les moyens qu'il déploiera pour se sortir de prison.
Certain d’être arrêté la nuit du nouvel an pour promenade en état d’ivresse, Kébir préfère prévenir que guérir… ou plutôt prévenir et guérir… Kébir finit pas abandonner cette réflexion - il sait que ses proches sont plus aptes à y penser – et bascule vers l’autre souci majeur. Se procurer de l’alcool avant l’Aïd.
Durant cette période, en effet, les commerces n’ont pas le droit de vendre de l’alcool aux musulmans, ce qui, en déduit-il, veut implicitement dire que durant le reste de l’année c’est autorisé.
Quoi qu’il en soit, Kébir a déjà réservé un budget pour ça. Reste le mouton. Bien qu’étant dispensé d’en acheter, puisque n’ayant pas les moyens, Kébir en fait tout de même une question d’honneur annuelle, ce qui lui coûte son portable, un récepteur, deux couvertures, le bracelet en or de sa femme et sa paire de Nike.
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