En lisant son journal, Malek est étonné et n’arrive pas à comprendre. Six Marocains sur dix sont concernés par la corruption. Ce qui veut dire que dans sa famille nucléaire qui compte douze personnes, sept sont corrompues. Vu que la famille comporte cinq enfants, Malek réalise que tous les adultes du foyer sont visés par Transparency international.
Stupéfaction. Cela veut dire que lui aussi est concerné. Malek, qui a beaucoup de respect pour lui-même, est profondément touché dans sa dignité. Lui qui a toujours partagé les valeurs de Transparency est aujourd’hui cité par l’organisation.
Malek reprend son journal pour éplucher la mauvaise nouvelle. Il apprend plus bas que « 60% des Marocains ont versé des pots de vin en 2006 ». Malek comprends mieux. Transparency le définit comme corrupteur. Il sait que c’est vrai mais a du mal le reconnaître.
Le statut est certes plus honorable que celui de policier dans l’échelle de Transparency, puisque, comme il le pense et comme le signale le journal, les corrupteurs « se sont retrouvés dans l’obligation de corrompre ». Mais ce statut contribue tout de même à classer son pays, le beau du monde, en deuxième position, après l’Albanie, dans le classement des pays le plus corrompus au monde.
Malek s’en fout un peu, mais il a trop d’estime pour lui-même pour accepter d’être pointé du doigt par Transparency et décide, à partir d’aujourd’hui, de devenir transparent. Finis les bakchichs, la fonction publique n’a qu’à bien se tenir. Supermalek a décidé de vivre en adéquation avec ses principes.
D’autant plus qu’il a entendu dire qu’une instance nationale de prévention de la corruption vient d’être mise en place, presque une première en Afrique et dans le monde arabe. Malek est fier et espère être épaulé dans sa nouvelle vie par l’instance.
Les responsables de l’instance l’aideront. C’est sûr. Sinon il les aidera à l’aider… avec des pots de vin. Ah ! Décidemment, les vieux réflexes ont la vie dure. Il va falloir apprendre à les apprivoiser. L’occasion lui est donnée, le jour même. Malek a rendez-vous avec la visite technique de son véhicule, une fiat 127, qu’il sert plus qu’elle ne le sert. La tâche, déjà ardue avec les pots de vin, s’annonce insurmontable.
Mais qu’importe, Malek décide de résister. S’il faut qu’il se sépare de sa voiture, il le fera. Alors qu’il roule en direction de sa mission impossible, Malek est arrêté par deux policiers:
- Vos papiers…Merci. Vous avez été flashé à 42 kms/heures, l’état de vos pneus n’est pas conforme à la norme, vos phares ne fonctionnent pas bien, nous avons froid et nous avons besoin d’un café bien chaud.
Malek leur indique le café le plus proche et reçoit courtoisement une longue série de contraventions. Malek décide alors ne pas se rendre à la visite technique, de se séparer de sa voiture et par là même de son outil de travail.
Il est vrai qu’avec une japonaise flambant neuve, Malek aurait eu moins de difficulté à assouvir l’esprit soudainement éthique qui l’anime. Pouvri qu’il est, Malek a beaucoup de mal à revêtir les apparts de l’homme intègre qu’il aimerait être. Mais qu’importe l’esprit de Ghandi s’est définitivement emparé de lui. Malek décide de résister. Affaire à suivre…
Menara.ma



