Suite au laxisme des autorités locales
Ils se multiplient partout. Ce sont les bidonvilles suspendus.
A n'importe quelle fenêtre d'un immeuble casablancais, on peut voir des toits de tôle rouillée formant des bidonvilles flottants. A côté, on peut également apercevoir du linge soigneusement étendu.
Au niveau de plusieurs bâtiments, on assiste à un véritable phénomène d'installation de bidonvilles, soit sur les terrasses des immeubles, soit dans les cours. Des propriétaires peu scrupuleux, avides d'argent, aménagent des bidonvilles sur les terrasses de leurs immeubles. Des dizaines, voire des centaines de cas sont répertoriés sur l'ensemble du territoire de la métropole à l'instar de l'immeuble n°39 de l'avenue Lalla Yacout. L'immeuble inspire confiance, mais à condition de ne pas dépasser le dernier étage parce que la terrasse, elle, avec ses baraques alignées, respire la misère.
Elle a connu une grande transformation avec la construction d'un bidonville en trois étages comprenant plusieurs demeures de fortune alignées les uns à côté des autres. «Ces constructions de fortune ont été généralement réalisées à l'insu des autorités publiques ou avec la complicité de certains moqadems », souligne le propriétaire d'un appartement situé au deuxième étage scandalisé par ce décor.
Et d'ajouter qu'il avait, à plusieurs reprises, saisi les autorités locales pour raser le bidonville, mais sans résultat. C'est scandaleux, dit-il, de voir la constitution d'une nouvelle ceinture de misère sur les terrasses mêmes des immeubles, alors qu'on la croyait circonscrite à la seule périphérie de la ville. Ces habitations sont louées entre 900 et 1000 DH chacune, ce qui explique le refus catégorique de certains propriétaires de les raser. Toutes ces constructions anarchiques ont été bâties à la va-vite pour échapper aux yeux des autorités. Du coup, elles représentent un véritable danger pour les passants car les risques de les voir s'effondrer à tout moment sont réels.
L'immeuble de Lalla Yacout, véritable chef-d'œuvre architectural, n'est pourtant pas le seul à voir pousser sur sa terrasse de telles demeures de fortune qui le défigurent. Partout, le constat est le même y compris au Mâarif et au boulevard Mohammed V : c'est le cas de l'immeuble au n° 99 qui abrite un bidonville sur sa terrasse. Le propriétaire a fait construire des «piaules» portant un coup dur à la beauté de la bâtisse.
En fait, aucune partie de la ville n'échappe, malheureusement, à ce phénomène. Il suffit de monter en haut d'un immeuble ou survoler la ville à basse altitude pour se rendre compte de l'ampleur du problème, à tel point que les Casablancais s'interrogent sur la ou les parties qui octroient les autorisations de construction aux propriétaires pour bâtir ce genre de logements malpropres.
Tout le monde par contre s'accorde à dire que les propriétaires d'immeubles qui ont aménagé ces constructions illégales sur les terrasses de leurs appartements, ont été encouragés par le laxisme des autorités locales qui ont fermé les yeux sur ce phénomène. Ils sont aussi aidés en cela par la crise du logement.
Abderrahman Ichi
LE MATIN



