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Maroc : Logement : les jeunes peinent à financer le «noir»
Posté par infosdumaroc le 15/9/2006 15:03:52 (1303 lectures)

«Bonjour, tu te souviens de moi? J'avais réservé un appartement rez-de-jardin il y a à peu près 3 mois…». «Euh… Oui je vous reconnais ! Mais madame, cela fait au moins 4 mois et en plus vous deviez revenir le lendemain ! Je suis désolée mais tous les rez-de-jardin ont été vendus». Discussion classique entre une dame, la trentaine à peine, et une commerciale dans un bureau de vente d'une agence de promotion immobilière à Bournazel, à Casablanca. Il devait être 9h20 et les trois commerciales s'apprêtaient à accueillir leurs clients. Coup de théâtre, cette première cliente à l'apparence très sereine, à peine débarquée, éclate en sanglots.

La réponse de la commerciale n'était, toutefois, que la goutte qui a fait déborder le vase. Toute l'équipe tente de la calmer sans succès, elle est sur le point de perdre connaissance ! Le responsable du point de vente vient à la rescousse et pourtant, on n'entend plus que les vociférations de la dame.

«J'ai couru dans tous les sens pour réunir la somme de l'avance et là, vous me dites que vous avez tout vendu ? Je ne veux rien savoir, je veux cet appartement, je ne peux pas acheter plus cher, la banque ne m'offre que 100.000 Dhs et les 40.000 restants les voici !».

Zohra, notre cliente déçue, est couturière à domicile. Son rêve d'acheter une maison, elle l'a toujours cru inaccessible jusqu'au jour où elle a pu bénéficier d'un crédit bancaire à travers le Fonds de garantie pour les revenus irréguliers et modestes (Fogarim). Devenir propriétaire de son logement semble le but des jeunes Marocains. Une fois stabilisés dans leur travail, ils ne veulent plus louer.

Mariés ou célibataires, ils cherchent à acheter un chez-soi. Ce n'est pas étonnant si l'on sait que 68,2 % des Marocains sont propriétaires de leur logement.

C'est justement le cas de Noureddine, 37 ans, responsable commercial d'une multinationale : «Ma femme et moi vivions d'abord en location pendant 5 ans dans un appartement de 70 m2. Le loyer nous coûtait 4.000 Dhs par mois. La famille s'est agrandie, j'ai acquis une stabilité professionnelle et le besoin de devenir propriétaire d'un logement devenait de plus en plus pressant.

Six mois de réflexion, de calculs, de conseils de mon banquier et ma décision était prise». Père de deux enfants, Noureddine est actuellement propriétaire d'un appartement moderne, dans une belle résidence située dans une impasse protégée et tranquille. «La traite de la banque équivaut au loyer que je payais avant !», confirme Noureddine.

Sauf que ce n'est pas aussi simple pour tout le monde. Prenons l'exemple de Sanae et Oussama, tous deux salariés. Ce jeune couple peine à trouver un appartement. «Nous vivions tous les deux à Fès et c'est pour le travail que nous sommes à Casablanca.

Louer de nouveau ne nous intéresse pas, nous voulons acheter un appartement. Déjà pour bénéficier de la convention de prêt immobilier au travail il nous a fallu attendre 1 an. Nous pensions que le mode de financement allait être la plus grosse difficulté mais ce n'était pas le cas. Nous cherchons depuis 6 mois.

Dans les quartiers propres nous ne risquons pas d'aller loin avec nos 700.000 Dhs, le prix du m2 est excessivement cher et la partie versée en noir nous pourrit la vie».
Et c'est justement «le noir» qui dissuade tous les autres jeunes qui aspirent aussi à acquérir un logement. Puisque le crédit bancaire, seul et unique moyen de financement, est basé sur la valeur réelle du bien immobilier.

«Nous savons pertinemment que dans toutes les ventes immobilières, une partie est payée au noir, mais nous ne pouvons passer outre les procédures et en prendre compte dans l'octroi d'un crédit», explique ce responsable d'agence bancaire.

Mais ce que ne reconnaît pas ce dernier, c'est que pour payer ce fameux «noir», les banques accordent en plus du crédit immobilier un crédit à la consommation avec bien entendu un taux beaucoup plus élevé. Ce qui génère de très lourdes retenues sur le relevé bancaire mensuel, assombrissant davantage le quotidien.



Fatima-Zohra H. Alaoui
LE MATIN

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