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Maroc : Les Libanais du Maroc rentrent chez eux
Posté par infosdumaroc le 29/8/2006 11:11:52 (3899 lectures)

La guerre est finie, les violences ont cessé. Les Libanais venus se réfugier auprès de leurs familles ou de leurs amis au Maroc ont pu rentrer chez eux. Ils n'osent pas encore dire que la guerre est terminée, peut-être par appréhension ou par méfiance, mais ils ont décidé de prendre le chemin du retour.
Ils sont 136 à avoir pris, jeudi dernier, le vol de Royal Air Maroc (RAM) à destination de la Jordanie.

Un appareil de type 737-800 de la compagnie marocaine les a ainsi transportés, gratuitement, jusqu'à Amman d'où ils ont dû prendre un autre avion de la compagnie aérienne libanaise, affrété par le Royaume du Maroc, pour enfin atterrir dans la capitale libanaise, après près de 24 heures de voyage.

«Le Maroc est le premier pays qui a soutenu le Liban financièrement et politiquement», souligne Ahmed Othmane Abdellah, l'ambassadeur du Liban au Maroc. «Nous n'avons pas voulu attendre la réouverture de l'aéroport pour permettre aux Libanais qui s'étaient réfugies ici de retourner chez eux», continue-t-il. «Ainsi, il nous a fallu seulement 24 heures pour élaborer une liste de 136 Libanais qui voulaient retourner dans leur pays».

L'ambassadeur tient à insister tout particulièrement sur l'aide du ministère de l'Intérieur et Royal Air Maroc «qui ont soutenu cette démarche jusqu'à son aboutissement» et sur les difficultés qu'ils ont rencontrées pour la faire aboutir : «L'avion a eu l'autorisation d'atterrir à Beyrouth, mais les israéliens ont refusé au dernier moment, ils ont menacé de bombarder l'avion s'il atterrissait sur le sol libanais et nous ont obligé à le faire dérouter sur Amman», explique-t-il.

Ahmed Othmane Abdellah raconte ensuite le voyage, long et difficile, des passagers qui «ont attendu dix heures à Amman dont six à l'intérieur de l'avion».
Le Mossad a alors opéré des fouilles de l'appareil et des passagers pour finalement les transférer dans un autre avion qui les a conduits à Beyrouth «où les attendait l'ambassadeur marocain, Ali Oumlil, depuis plusieurs heures». Il a tenu, finalement, à remercier toutes les autorités qui ont participé au bon déroulement du voyage «qui, sans tout cela, n'aurait pas été possible». Les ressortissants, eux, ont salué l'initiative de S.M. Mohammed VI, la qualifiant de «nouveau témoignage de solidarité» entre le Maroc et le Liban.

Cependant, même si le groupe de Libanais qui a effectué le voyage est assez important, des centaines de ressortissants du pays du Cèdre sont encore sur le sol marocain.

Certains préfèrent attendre encore un moment avant de repartir, d'autres ont fait le choix de rester ici et de s'installer au Maroc, par défaitisme, par peur de voir leur pays à nouveaux sombrer dans la guerre, ou tout simplement, pour reprendre une activité normale après des semaines sans travail et un avenir professionnel incertain dans leur pays. Ceux-là vivent toujours dans l'attente de voir un nouveau jour se lever sur leur pays.
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«Le voyage les a beaucoup fatigués mais ils sont bien arrivés»
Quand la guerre a éclaté, Hessin Hyjazi, Libanaise installée au Maroc depuis plus de vingt ans, a accueilli une partie de sa famille qui habitait ou passait alors des vacances au Liban. Après des journées de voyage, ils arrivèrent enfin du pays du Cèdre pour prendre un peu de repos.

Quelques-uns passèrent par le Maroc avant de retourner en Guinée, les autres, qui résidaient au Liban, prirent le vol de RAM de jeudi dernier. Elle nous fait le récit de leur long périple : «Ils étaient tous au Liban, chez la grand- mère de 83 ans qui a une maison là-bas, dans le sud, quand la guerre a éclaté. Ils sont tous devenus fous et ne savaient pas quoi faire. Ceux qui avaient la nationalité française, furent rapatriés par la France.

Pour les autres, ils ont d'abord quitté le sud pour rejoindre les montagnes. Puisque les hôtels ont profité de la guerre pour hausser leurs prix et ils n'ont pas pu rester longtemps. Ils ont donc décidé de passer la frontière, tous ensemble, pour rejoindre la Syrie en taxis et en prendre un vol. Les routes et les ponts étaient coupés, ils ont dû prendre de petits chemins.

Ce voyage les a beaucoup fatigués, surtout la grand-mère et les enfants ! Arrivés dans le pays voisin, l'ambassade marocain eleur a trouvé un appartement à Damas et la RAM leur a, tout de suite, trouvé des billets. Ils ont fait le voyage dans des avions militaires. Lorsqu'ils sont enfin arrivés, je les ai reçus, ils étaient tous épuisés.

Ça m'a vraiment fait mal au cœur de les voir dans un tel état : la pauvre grand-mère ne pouvait plus marcher, elle était en sandales et en pyjama. Les enfants étaient choqués, ils m'ont raconté que là-bas, ils ne pouvaient pas dormir la nuit. Même ici, ils se réveillaient en sursaut. En deux jours, la RAM a trouvé des places à ceux qui habitent en Guinée. Ils sont ainsi rentrés à Conakry. Mes deux cousines, qui, elles, habitent au Liban, sont reparties là-bas rejoindre leur mari, jeudi soir. La RAM s'est très bien occupé d'elles. Elles avaient des billets pour la Syrie mais la compagnie aérienne les a rapatriés au Liban.

Le périple n'était pas terminé ! Ils ont dû faire «escale» en Jordanie où ils ont tous été fouillés par le mossad ! C'est Israël qui a ordonné à la Jordanie de fouiller tous les avions arabes, je pense. Ils ont dû rester des heures à l'aéroport. Ça les a beaucoup fatigués, mais ils sont finalement bien arrivés. Je continue à recevoir des nouvelles d'eux tous les jours. Revenir dans leur pays leur a fait le plus grand bien, mais ils ont beaucoup perdu. Aujourd'hui, leur vie est à refaire, et pour les plus petits, la guerre et le voyage laisseront sûrement des traces… à jamais».

«On a eu seulement sept heures pour décider
de prendre l'avion ou pas»
La femme de Youssef Karake est marocaine. Quand la guerre a éclaté, ils sont tous les deux venus se réfugier au Maroc, avec leurs deux enfants. La semaine dernière, ils ont voulu prendre l'avion affrété par la RAM pour les Libanais voulant rentrer dans leur pays. Mais, pris de court, et dans l'incertitude de voir le conflit se régler définitivement, Youssef a décidé de rester au Maroc, un peu plus longtemps que prévu.

Il nous raconte son voyage, les raisons qui l'ont poussé à fuir, et celles qui l'ont motivé à rester ic i : «On a quitté le Liban il y a près d'un mois, quand notre maison a été détruite dans le sud. Nous nous sommes enfuis, moi, ma femme marocaine et nos deux enfants, en nous réfugiant chaque jour dans une nouvelle maison, chez n'importe qui.

On se réveillait le matin pour partir, et les lieux étaient aussitôt bombardés. Et ce, pendant vingt jours. On a appelé l'ambassade marocaine qui nous a annoncé que S.M. le Roi avait décidé de rapatrier les ressortissants marocains. On y est allé, on a dormi là-bas huit jours jusqu'à ce que la région connaisse également des troubles. On a alors pris un taxi pour aller en Syrie.

La route était constamment bombardée : le premier pont a été détruit, on est arrivé sur le deuxième pont, il a été détruit juste après notre passage. Le chemin qu'on a emprunté fut très long mais c'était le seul encore praticable. Après avoir fait onze heures de route, on est enfin arrivé en Syrie. C'était vraiment un périple difficile. Le consul marocain nous a alors conduits à l'aéroport pour prendre un avion et on est finalement arrivé à Rabat.

On est allé chez la famille de ma femme et on a décidé d'attendre que la situation s'arrange. Au bout de deux semaines, la guerre s'est arrêtée. Le Maroc nous avait amenés ici, et après ? Qu'allait-il faire? On est allé à l'ambassade libanaise qui ne nous a proposé aucune aide.
Il valait mieux pour nous de retourner là- bas, où le Hezbollah reconstruisait nos maisons et nous trouvait du travail. Le jour de l'anniversaire de S.M. le Roi, celui-ci a annoncé que le Maroc affrétait un avion. Il l'a annoncé le lundi, le mardi l'ambassade l'a su et nous a informés le mercredi, mais l'avion ne partait que le lendemain. On a eu seulement 7 heures pour décider de prendre l'avion ou pas, c'était difficile.

On a appelé au Liban, mon frère m'a dit qu'il y avait encore des raids israéliens et que tout le monde avait peur que la guerre reprenne. Il m'a dit d'être patient et d'attendre encore un peu... Aux informations, ils disent qu'Israël prépare un budget pour relancer la guerre. Même si toute ma famille est là bas, on a finalement décidé de rester au Maroc. Le problème aujourd'hui, c'est que si on veut repartir, le billet est trop cher: 25.000 dirhams pour nous quatre, on ne les a pas, on a tout perdu sous les bombardements ! Il vaut donc mieux que je travaille un peu ici afin de gagner assez d'argent pour vivre et ensuite repartir.

Là-bas, j'étais un bon ingénieur informatique, mais ici personne ne me connaît et je n'ai même pas un droit au séjour. On remercie S.M. le Roi pour ce qu'Il a réalisé, personne n'a fait ça pour nous, et nous Lui en sommes très reconnaissants.

Maintenant, la réalité à laquelle on est confronté est très dure : que faire ? Comment le faire ? Il faut que les autorités nous aident. 136 personnes sont parties, et les autres ? Ce drame nous marquera tous à vie... Et j'ai l'impression que la situation continue de se dégrader».


Nora Awada
LE MATIN

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