Des soupçons d'irrégularités ont plané, vendredi 24 juin, sur le second tour de l'élection présidentielle iranienne qui oppose le conservateur Ali Rafsandjani et l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. Selon tous les observateurs, les deux hommes étaient au coude-à-coude dans les intentions de vote.
Pour encourager la participation, la fermeture des bureaux de vote a été repoussée à plusieurs reprises. Les premiers résultats devraient être connus samedi matin.
Avant même la fermeture des bureaux, le ministère de l'intérieur s'est alarmé de possibles anomalies, après celles qui ont entaché le premier tour. "Nous avons reçu de nombreux rapports faisant état de l'intervention et d'agissements illégaux dans les bureaux de vote de la part d'individus qui n'ont rien à y faire", a déclaré le porte-parole du ministère, Jahanbakhsh Khanjani. "Le ministère de l'intérieur examine la suspension des opérations dans certains bureaux", a-t-il prévenu.
Mais le Conseil des gardiens, institution ultraconservatrice qui supervise les élections, a opposé une fin de non-recevoir. L'arrêt du vote "doit être approuvé par le Conseil des gardiens, sinon cela est passible de poursuites en justice", a déclaré le chef de cette institution, clé de voûte du système islamique, Ahmad Janati.
Après le premier tour, les adversaires de M. Ahmadinejad avaient évoqué des bourrages d'urnes, des achats de voix, des pressions sur les électeurs et la mobilisation en sa faveur de l'armée idéologique et de la milice islamiste. Cette passe d'armes entre le ministère de l'intérieur – réformateur – et le Conseil des gardiens est significative des tensions au sein du régime, exacerbées par l'incertitude totale du scrutin.
BARRIÈRE CONTRE L'"EXTRÉMISME"
"C'est une compétition très serrée, mais je crois que je suis de peu en tête", a dit M. Rafsandjani, après avoir voté dans le nord de Téhéran. "Si Dieu veut, ce jour marque le début d'une nouvelle ère dans la vie politique de la nation iranienne", a répondu Mahmoud Ahmadinejad, pressé par une foule compacte d'hommes et de femmes en tchador avant de voter dans une mosquée de l'est de la capitale. "Je suis fier d'être le petit serviteur, le balayeur des rues de la nation iranienne", a-t-il lancé à des partisans exaltés, avant de rendre hommage à "l'imam Khomeyni et ses fidèles" et aux "martyrs de l'islam et de la liberté".
M. Rafsandjani jouit de sa stature d'ancien homme d'Etat et des appels à faire barrage à l'extrémisme. Il s'est aussi posé comme le mieux à même de restaurer les liens avec les Etats-Unis. Mais les manières simples de M. Ahmadinejad, sa réputation de bon musulman et son discours populiste promettant de redistribuer au peuple la richesse nationale lui ont attiré une forte sympathie dans les milieux défavorisés. Ils ont contre-balancé l'image que donnent ses adversaires de cet ancien membre des forces spéciales de l'armée idéologique exaltant la "pureté" des premières années de la révolution.
M. Rafsandjani a redit vouloir "empêcher que l'extrémisme s'installe dans le pays". "La liberté est le don plus précieux fait par Dieu à la nation iranienne, nous voulons répandre la liberté sous toutes ses formes, et nous jouirons de la plus grande liberté économique, sociale et politique", a répondu M. Ahmadinejad.
source:lemonde



