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Monde : L'inquiétude s'installe à Beyrouth face aux attentats
Posté par hicham le 22/6/2005 15:59:43 (1022 lectures)

les Libanais sauront-ils un jour qui a assassiné l'ancien leader communiste Georges Haoui, mardi 21 juin, en plein coeur de Beyrouth ? Venant après les assassinats du journaliste Samir Kassir, le 2 juin, de l'ancien premier ministre Rafic Hariri, le 14 février, la tentative d'assassinat contre le député Marouan Hamadé, en octobre 2004, et après les cinq attentats qui ont précédé les élections législatives (trois morts et une cinquantaine de blessés), ce meurtre prémédité suggère aux Libanais une question : qui sera le prochain ?

Autour de la voiture calcinée de l'ancien leader du Parti communiste Georges Haoui, ils étaient nombreux à observer, d'un air découragé, les hommes en uniforme venus collecter cendres et éclats de verre. "Si vous croyez qu'une enquête sérieuse va être menée..." , commentait amèrement un témoin de l'attentat.

M. Haoui, 67 ans, a quitté son domicile en voiture, avec son chauffeur, vers 10 heures, puis s'est engagé dans la première rue perpendiculaire pour se rendre à La Gondole, un restaurant réputé pour ses pâtisseries, situé à quelques minutes de chez lui. Il allait y rencontrer son ami Elias Atallah, député élu et chef du mouvement de la Gauche démocratique, l'un des ténors de l'opposition antisyrienne. Ce n'était pas une rencontre exceptionnelle dans la mesure où, explique le patron de La Gondole, "M. Haoui venait tous les matins, vers 10 heures, c'était un habitué. Il était encore chez nous la veille au soir de sa mort." Selon Saad Al Noussoly, chauffeur de taxi "spécialiste" de ce quartier de l'ouest de Beyrouth, dédale de nombreuses rues en sens unique, "il n'y a qu'un seul itinéraire possible entre le domicile de Haoui et la pâtisserie" . Il suffisait de guetter le passage de sa Mercedes, du haut d'un immeuble ou dans l'une des voitures mal garées, pour manœuvrer le détonateur de la bombe placée sous le siège du passager.

Même si les employés de la pompe à essence, située à quelques mètres du lieu de l'explosion, se souviennent d'un "bruit effrayant" , la charge explosive était si faible ­ moins d'un kilogramme ­ qu'elle n'a pas brisé une vitre alentour, et a même épargné la vie du chauffeur, Thabet Bazzi, qui a été hospitalisé. Mais elle était placée de façon à ne laisser aucune chance au passager, dont seule une chaussure est restée intacte. Elle a atterri en même temps que la portière devant les employés terrorisés de la station-service.

L'assassinat de Georges Haoui est en tout point identique à celui qui a tué le journaliste Samir Kassir, trois semaines plus tôt. Les deux hommes étaient des personnalités connues, mais aussi des "cibles faciles" , qui vaquaient à leurs affaires sans protection et selon leurs habitudes. Ils avaient aussi en commun d'être des hommes modérés, sans ennemis connus au Liban. "Comment ne pas se sentir menacés, quand les Libanais se font assassiner avec la même facilité qu'on écrase un cafard ? Comment ne pas se sentir humiliés, à un moment où le Liban est censé avoir retrouvé la paix et la souveraineté. Je vais quitter ce pays, mettre à l'abri ma famille" , dit un commerçant, sur les lieux de l'assassinat.

La voiture de Georges Haoui a terminé sa course sous des portraits de Saad Hariri et de Walid Joumblatt, proclamés la veille grands vainqueurs des premières élections législatives sans tutelle syrienne depuis trente ans. "Nous avons voté pour eux, mais seront-ils capables de protéger ce pays ?" , s'interroge une femme.

DES BOUGIES ET DES ROSES

Pendant ce temps, dans un endroit tenu secret, Detlev Mehlis, qui dirige la commission des Nations unies chargée d'enquêter sur le meurtre de Rafic Hariri, interrogeait le général Moustafa Hamdane, commandant de la garde présidentielle et homme de confiance du président Emile Lahoud. Sa maison et son bureau ont été fouillés par les enquêteurs. Le général Hamdane est le plus haut responsable prosyrien des services de sécurité. Il est aussi le seul des six responsables, accusés par l'opposition antisyrienne dans l'assassinat de Rafic Hariri, à être toujours en fonctions.

Cet interrogatoire ne signifie pas que le général Hamdane soit coupable, a mis en garde la Commission, dont un responsable précise que le militaire a été "très coopératif" . Mais pour l'ensemble de l'opposition antisyrienne, c'est de son côté que l'on trouvera les commanditaires de l'attentat. Dans un communiqué, le mouvement de la Gauche démocratique a appelé "toutes les forces politiques à oeuvrer en commun pour faire chuter le régime des services de renseignement syro-libanais jusqu'à atteindre la tête de ce régime" . "Sans la démission du président et l'annulation de la prorogation illégitime de son mandat, imposée par la force et la terreur, le Liban restera une scène de crimes et d'assassinats" , ajoute le communiqué.

Le soir, une foule silencieuse est venue rendre hommage à Georges Haoui, en déposant des bougies et des roses sur le lieu de l'attentat. "Quand les crimes deviennent si fréquents, on n'a pas le choix de devenir insensible ou fou" , dit un jeune militant communiste en pleurs. Il ne pense pas qu'il connaîtra un jour "la vérité" . Malgré les accusations lancées par leurs leaders politiques, beaucoup ne savent plus que croire. Georges Haoui, qui réclamait la souveraineté du Liban et le départ de la Syrie, reste dans les esprits l'homme de la cause palestinienne. Celui qui, "avant même le Hezbollah" , a combattu l'invasion israélienne du Liban, de 1982 à 1985. A tel point que, dans le quartier, certains étaient persuadés que M. Haoui était palestinien et non libanais.

Avec la peur qui a vidé les rues dans les heures suivant l'attentat, a resurgi la vieille théorie du complot israélien au Liban. L'oeuvre d'Israël, mais aussi des Palestiniens, du KGB... A moins que Georges Haoui ait été visé "parce qu'il était chrétien, comme Samir Kassir" . Insidieusement, la déstabilisation tant redoutée a déjà semé ses premières graines.
Cécile Hennion
source:lemonde

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