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Femmes :  Un herboriste devant la justice
Posté par Sarah le 31/12/2005 18:55:20 (3193 lectures)

Souhaitant guérir de l’acné qui a ravagé son visage, Saïda s’est adressée à un herboriste du Souk Jmiâ, au quartier Derb Soltan, à Casablanca. Au lieu de l’aider à soigner son visage, il aurait abusé d’elle.



Le problème de Saïda était l’acné qui avait dévasté son visage. Elle y pensait à chaque instant au point qu’elle passait parfois des nuits blanches. Elle était à peine à son vingt troisième printemps. Et comme toute jeune fille de son âge, elle rêvait d’être séduisante et d’avoir au moins une histoire d’amour. Seulement, elle se sentait défigurée et pensait que l’acné n’encouragera pas les jeunes hommes à s’approcher d’elle. Elle se sentait indésirable, dégoûtée et humiliée. Elle avait complètement perdu confiance en elle au point qu’elle évitait d’adresser la parole aux jeunes hommes qui tentaient de lui adresser la parole. Elle croyait qu’ils ne désiraient que son corps. Certes, elle n’a jamais mis les pieds dans cabinet d’un médecin. Pauvreté oblige. Mais, elle a utilisé plusieurs pommades que quelques amies et voisines lui ont conseillées. Mais sans résultat. L’acné refuse de quitter son visage, lui brisant la vie. Pourtant, elle ne restait pas les bras croisés. Elle demandait des explications à chaque fois qu’elle rencontrait une femme. Elle n’avait eu d’objectif qu’un beau visage sans la moindre tache. « Il faut aller chez les herboristes du Souk Jmiâ, au quartier Derb Soltan », lui a conseillé une femme qui lui a expliqué qu’ils l’aideront à avoir une recette traditionnelle qui pourrait embellir son visage. Cette femme lui a précisé que l’une de ses voisines, qui avait également souffert de l’acné, n’a été sauvée que grâce aux plantes médicinales que lui a procurées un herboriste. Saïda, qui se débrouillait pour gagner sa vie, s’est sentie soudain pleine d’espoir après des années de tristesse.

Une petite somme d’argent à la main, elle s’est rendue au Souk Jmiâ. C’est la première fois qu’elle y met les pieds. Elle marchait lentement tout au long des boutiques et regardait la marchandise exposée sur les étals ; des animaux vivants comme les tortues, les caméléons, les hérissons, les hermines, des cadavres d’autres animaux et de multiples plantes. Un instant, elle s’est arrêtée devant un herboriste. «Qu’est-ce que tu cherches, je suis à ton service», lui lance le jeune vendeur. Âgé de vingt ans, Abdellah est originaire d’Essaouira. Il a appris très jeune le métier d’herboriste. À l’âge de treize ans, il a quitté, avec l’un des membres de sa famille, sa ville natale pour Marrakech, puis Safi pour s’installer enfin à Souk Jmiâ, à Casablanca.

Saïda lui raconte le problème qui empoisonne sa vie. «Ne te soucie pas», tentait-il de la rassurer. Il lui a demandé de rentrer à la boutique. «Je vais te préparer quelques plantes médicinales que tu dois utiliser maintenant », lui a-t-il dit. Il lui a demandé 170 dirhams comme contrepartie. Elle a accepté sans marchandage. Saïda est alors rentrée à l’intérieur . Abdellah a mis une étoffe pour empêcher qu’elle soit aperçue par les passants et les clients. Il lui a demandé d’ôter tous ses vêtements et lui a donné un vêtement très large, une Foukia pour homme, qu’elle a portée ensuite. Dans un récipient, Abdellah a préparé quelques plantes médicinales qui dégageaient une vapeur tiède. Aussitôt, il lui a demandé de se baisser pour que la vapeur arrive à son visage. Après quoi, il s’est tenu derrière elle. À sa surprise, selon ses déclarations devant la police, Abdellah n’a pas hésité à abuser d’elle jusqu’à défloration. Traumatisée, elle a remis ses vêtements et elle s’est rendue au commissariat de police pour déposer plainte. «Non, elle a menti», a affirmé Abdellah après son arrestation par les éléments de la police de Derb Soltan-El Fida.

Il a expliqué qu’il lui a préparé quelques produits médicinaux. Quand il lui a demandé de payer 170 dirhams, elle lui a dit qu’elle ne disposait que de 70. Sans vergogne, elle lui a proposé de faire l’amour. Il a accepté. Seulement, une fois terminé, elle a pris un chiffon, l’a mis entre ses cuisses pour lui montrer enfin des taches de sang. «J’ai cru qu’il s’agit du sang des règles», précise-t-il. Qui a raison et qui a tort ? La victime était-elle consentante? Seule la justice tranchera. Pour l’instant, Abdellah est placé en détention préventive.



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