
Les Etats-Unis s'inquiètent d'une Europe repliée sur elle-même
Date 20/6/2005 17:35:05 | Sujet : Monde
| l'administration américaine est passablement ennuyée des malheurs de l'Union européenne. Quatre mois après le voyage du président George Bush à Bruxelles, elle espérait commencer à engranger les retombées de la réconciliation transatlantique. Depuis quelques semaines, elle craint que la crise interne ne prenne le pas sur la tâche à accomplir, et les officiels ne font pas, sans un certain vertige, la liste des chantiers en cours : Liban, Irak, Afghanistan, Géorgie, élections en Ukraine en 2006, dossier nucléaire iranien... "Nous avons besoin de l'Europe comme partenaire pour faire avancer en commun la liberté, la sécurité et la prospérité, explique Daniel Fried, le sous-secrétaire d'Etat adjoint pour les affaires européennes. Nous ne voulons pas d'une Europe qui serait plongée dans l'introspection, tournée sur elle-même aux dépens des défis qui se présentent à l'extérieur." M. Fried revient d'une tournée à Berlin, Rome et Paris. La secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, l'avait envoyé y expliquer que, même si certains à Washington ne sont pas mécontents de voir les opposants d'hier mordre la poussière, telle n'est absolument pas la position de l'administration. "Nous ne nous réjouissons pas de l'échec du référendum, assure M. Fried. Non pas parce que nous avons une position sur la Constitution, mais parce que nous avons une position sur l'Europe. Personne ne souhaite un partenaire affaibli."
Et de rajouter au nombre des dossiers précités sur lesquels la contribution européenne est nécessaire le Kosovo et la Chine : "Comment pouvons-nous nous assurer que la montée en puissance de la Chine s'effectue d'une manière qui augmente la prospérité et la stabilité ?" La querelle transatlantique concernant la levée de l'embargo sur les armes a été mise en veilleuse, selon lui, au profit d'un "dialogue stratégique" sur l'ensemble de la question asiatique avec l'UE mais aussi à l'OTAN et en bilatéral. "On discutait de l'embargo sans avoir parlé du contexte. On avait pris la discussion à l'envers" , indique-t-il.
A un moment où tout allait mieux de part et d'autre, la tentation du repli est donc mal venue. Selon M. Fried, c'est ce message d'un partenariat "fort" que le président Bush souhaite délivrer à ses interlocuteurs européens, réunis lundi 20 juin pour un sommet Union européenne - Etats-Unis. Une rencontre qui tombe, par le hasard du calendrier, deux jours après l'échec, à Bruxelles, du Conseil européen sur le budget de l'Union.
La délégation européenne est dirigée par le président de la Commission, José Manuel Barroso, et par le président du Conseil, Jean-Claude Juncker, qui dans la nuit de vendredi à samedi se demandait quel visage de l'Europe il allait pouvoir présenter à Washington. Les experts ont travaillé jusqu'à samedi.
Plusieurs déclarations communes ont été préparées, dont l'une d'une large portée sur la démocratie, la liberté et les droits de l'homme, qui fait référence à l'Afghanistan, à l'Irak ainsi qu'aux Balkans et à Haïti. Le texte réaffirme aussi les engagements pris l'an dernier à propos du"Grand Moyen-Orient" , l'initiative-phare de l'administration Bush pour la démocratisation dans le monde arabe, qui avait suscité beaucoup de résistance, notamment de la France.
Depuis un mois, les Américains assistent à la crise, étape par étape, sans avoir encore réussi à en mesurer les conséquences. Pour l'instant, la conférence sur l'Irak, organisée mercredi 22 juin à Bruxelles, semble se préparer comme prévu. C'est la première fois que les Etats-Unis et l'Europe prennent d'aussi bon coeur une initiative commune sur l'Irak. Plus de quatre-vingts pays sont invités. Sur l'Iran, la problématique est plus incertaine. Comment la négociation menée par la troïka européenne (Royaume-Uni, France, Allemagne) va-t-elle évoluer alors que Paris et Londres sont à couteaux tirés sur le budget ? "Deux des négociateurs sur les trois sont à la dérive politique. L'Allemagne attend son élection, et la France est au mieux dans une période de transition" , note le professeur et spécialiste des questions européennes Simon Serfaty. Pour lui, il y a urgence à relancer le processus européen, sinon les Etats-Unis seront tentés "d'agir autrement" . "La relation transatlantique ne peut être durable que si la relation européenne est crédible" , dit-il.
A plus long terme, les experts américains ne font pas de catastrophisme. L'Europe sera plus malléable du fait de l'affaiblissement franco-allemand. "Washington a le sentiment que l'Europe ne va pas être particulièrement utile mais qu'elle ne va pas non plus pouvoir faire beaucoup d'obstruction" , explique le chercheur Walter Russell Mead, du Council on Foreign Relations. Le chancelier allemand, Gerhard Schröder, a particulièrement mal joué, critique-t-il. En effet, "il s'est mis dans la position que tous les chanceliers avant lui avaient réussi à éviter : avoir à choisir entre Paris et Washington" , explique-t-il.
L'administration américaine n'est pas particulièrement affligée par l'échec des référendums, poursuit-il : "Pour elle, le problème de l'Europe n'a rien à voir avec la Constitution. Le problème de l'Europe, c'est qu'elle doit prendre les dépenses militaires plus au sérieux, réformer son économie, repenser sa politique d'immigration, etc."
En revanche, le gouvernement américain s'inquiète pour l'élargissement. "Tout l'édifice du processus de paix dans les Balkans reposait sur la promesse de faire partie de l'Union." Sans parler de la Turquie. "C'est la seule chose qui importe vraiment pour les Etats-Unis : l'accès de la Turquie à l'Europe." source:lemonde
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