Pour un verre d’eau-de-vie, il tue une femme

«Non, M. le président, je ne l’ai pas tuée… La police a écrit ce qu’elle a voulu…», a déclaré Ahmed au président de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. Pour quelle raison la police chercherait-elle à le faire inculper et le jeter en prison ? Ahmed n’avait pas de réponse. Dos au mur face à cette question du magistrat, il a gardé le silence puisqu’il ne disposait pas de la moindre preuve pour justifier ses allégations.

«Il y a des témoins qui t’ont vu en compagnie de la victime», lui a dit le président de la Cour qui feuilletait le procès-verbal.

Là encore, Ahmed n’a pas prononcé le moindre mot. Il se contentait de regarder le président de la Cour qui a commencé à lire quelques extraits du procès-verbal : «Ahmed est né en 1979. Il a neuf frères et sœurs. Son père est retraité. Après avoir réussi en primaire et au collège, il a passé une année au lycée pour le quitter définitivement et rejoindre un centre de formation professionnelle. Il a décroché un premier diplôme en mécanique automobile et un deuxième en maintenance des machines à coudre…Il a travaillé dans une première société, puis dans une seconde avant de commencer en 2005 une période de chômage. Après quoi, il a travaillé dans une société de sécurité privée… ».

En terminant cette partie du procès-verbal, le président de la Cour a demandé à Ahmed si c’était lui qui a donné ces informations concernant sa vie à la police. Ahmed a répondu par l’affirmatif.

«C’est étonnant d’être celui qui leur a relaté sa vie et non pas celui qui a raconté ce qui s’est passé entre toi et la défunte !», a remarqué le président de la Cour.

Que s’est-il passé entre Ahmed et la victime pour en arriver à l’irréparable ? Au meurtre. Selon le procès-verbal, Ahmed a acheté une bouteille de 250 ml d’eau-de-vie bon marché. Il l’a bue avant d’acheter une deuxième puis une troisième. Entre-temps, Malika l’a rejoint. Cette femme, âgée de trente et un ans, sans profession, partageait quelques verres, de temps en temps, avec celui qui allait mettre un terme à ses jours. Mais quelle mouche a piqué ce jour-là Ahmed ? Malika n’a pas su pourquoi il ne voulait pas lui donner la moindre goutte d’eau-de-vie. Il lui a même intimé l’ordre de dégager hors de sa vue. Elle l’a supplié. En vain. Avant qu’il ne s’attendrisse et lui concède deux verres. Un troisième ? Hors de question et il était inutile d’insister. Hors d’elle, Malika l’insulte et le taxe de proxénète. Elle a même tenté de le gifler. Perdant tout contrôle, Ahmed l’a poussée violemment. Malika, par terre, reçoit un coup de pied dans les côtes. Ahmed sort alors un couteau qu’il dissimulait sous ses vêtements et lui porte, sans hésitation, un premier coup au niveau de la nuque, puis un deuxième, un troisième au niveau du visage et un dernier au niveau de la poitrine. Après quoi, il l’a transportée à l’hôpital lui-même. Aux urgentistes, il explique qu’elle a été agressée par des voyous. La police est alertée. Ahmed est l’objet de soupçons. Soumis à un interrogatoire serré, il craque et avoue être l’auteur du forfait. Mais il s’est rétracté devant la Cour pour clamer son innocence. Seulement, les témoins ont attesté l’avoir vu quand il a maltraité et poignardé Malika. Un acte criminel qui lui a coûté quinze ans de réclusion criminelle.

Abderrafii ALOUMLIKI

Aujourdhui.ma

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