Les Marocains résidant à l’étranger veulent faire entendre leur voix

L’exemple d’une courte et partielle représentation des MRE au Parlement en 1984 ne pousse pas à l’optimisme, malgré l’enthousiasme jamais atteint de représentants de la communauté des Marocains de l’étranger plus que jamais déterminés à jouer un rôle actif au sein des institutions politiques et législatives de leur pays.

Les élections législatives de 1984 avaient, en effet, permis au Maroc de connaître sa première et unique expérience en matière de représentation institutionnelle des Marocains de l’étranger.

Mais ce projet a été interrompu en raison de lacunes et de faiblesses relevées. Les critiques de l’expérience institutionnelle et parlementaire de 1984-1992 visaient les conditions de son organisation ainsi que son bilan à la fois législatif et positif.

La première préoccupation, aujourd’hui évidente, est de savoir comment éviter de tels travers. Une question sur laquelle tout le monde semble d’accord, même si les divergences ne manqueront pas d’apparaître, notamment, au sujet des modalités pratiques de l’action à entreprendre pour promouvoir une représentation qui soit crédible des MRE au sein des institutions législatives.

L’enthousiasme manifesté lors de l’annonce par le Souverain dans le discours Royal du 6 novembre 2005, à l’occasion du 30e anniversaire de la Marche Verte, n’est certes pas retombé, mais l’inquiétude est perceptible quant aux formules qui seront proposées pour donner forme et contenu aux Orientations Royales.

Certaines voix à l’étranger n’hésitent pas à pointer du doigt le département de Nezha Chekrouni, chargée notamment de préparer une vision concrète du projet du Conseil supérieur des MRE.

Un Conseil dont la création est accueillie de manière positive quasi-unanime par les MRE. Mais la grande question qui se pose concerne la nature et la composition de cette institution destinée à jouer un rôle central de dialogue entre les Marocains de l’extérieur et ceux de l’intérieur. Une instance que l’on crédite également de jouer le rôle d’une véritable force de proposition aidant au développement politique, économique et social du Royaume. Une institution que l’on souhaite voir «adopter un seul et même langage », comme nous le confiait El Hassan Bouod, un jeune manager d’origine marocaine très en vue dans la ville française de Marseille.

S’il est convaincu de la nécessité et même l’urgence de mettre sur pied le Haut conseil des MRE, M. Bouod n’est pas de l’avis généralement partagé de voir les Marocains de l’étranger siéger dans les institutions législatives.

«Créer des circonscriptions dans les pays d’accueil destinés à avoir des représentants ne vivant pas au Maroc, pour participer activement à la vie politique marocaine, n’est à mon sens pas favorable à l’épanouissement de la génération montante », dit-il.

Son argument : «il est plus utile au Maroc d’avoir des citoyens à l’étranger qui s’investissent dans leur pays d’accueil et mènent un bon lobbying ». Une action qu’il s’attache lui-même à favoriser, notamment au sein de la communauté des affaires à Marseille qui le compte parmi ses membres les plus actifs.

Cette position peut, toutefois, sembler isolée si l’on compte le nombre des MRE qui sont montés au créneau pour réclamer haut et fort leur présence au sein des instances élues de leur pays. Les expériences de pays voisins, comme l’Algérie, la Tunisie et le Sénégal qui accordent un droit de vote aux membres de leurs communautés établies à l’étranger, sont données en exemple pour signifier l’anomalie marocaine aujourd’hui rétablie.

Reste que les voix ne sont pas toutes concordantes. D’abord au niveau des modalités d’organisation et de déroulement des opérations, ensuite et surtout au sujet de la proportion qui reviendra à chacune des communautés au niveau des sièges à pourvoir. La seule estimation donnée aujourd’hui, en fonction du poids de l’ensemble de la communauté des MRE qui avoisinent les 8% de la population totale du Maroc, concerne le pourcentage de 10 % des sièges du Parlement qui lui reviendrait de facto.

«Il est temps d’approfondir la réflexion et la concertation pour dépasser les divergences et les petits calculs politiques, pour trouver ensemble une formule susceptible de contourner les lacunes de l’expérience parlementaire précédente et de permettre l’installation des mécanismes et des règles fiables de nature à assurer et garantir à ces Marocains de l’étranger la place qui leur revient dans l’échiquier politique, social et national», suggère notamment le Conseil national des Marocains de France (CNMF).

Ce dernier souligne, par ailleurs, les critères de sélection des nouveaux candidats à la députation parmi les MRE et qui sont : «honnêteté, crédibilité et compétence ». Le débat reste ouvert.

Lematin.ma

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