Le Roi en Afrique : Le sens d’une visite

Après la Gambie, carte postale touristique enclavée à l’intérieur du Sénégal, grande comme la région de Marrakech, et l’une des exceptions anglophones de l’Afrique de l’Ouest, Sa Majesté le Roi Mohammed VI s’est rendu en Afrique Centrale. Un accueil populaire a été réservé au Souverain au Congo Brazaville, membre fondateur tout comme le Maroc, de l’Organisation de l’Unité Africaine (1963), devenue entre temps l’Union Africaine. Après une brève reconnaissance de la prétendue RASD, la diplomatie congolaise s’est rapidement ressaisie, contribuant ainsi au retour à la normale dans les relations avec le Royaume.

Entre les deux pays, le solde commercial penche en faveur du Maroc à hauteur de 20 millions d’euros par an. Les échanges économiques concernent les boissons gazeuses, les textiles et les sardines, importés du Maroc. Dans l’autre sens, le Maroc importe du Congo du bois, du café, de la farine de froment, mais pas de pétrole congolais.

A l’avenir, la Royal Air Maroc dont le nouveau président-directeur général Driss Benhima fait partie de la délégation royale, pourrait desservir le Congo.

Après l’étape de Brazaville, SM le Roi traversera le fleuve Congo, l’un des plus immenses au monde, pour se rendre à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo. Il s’agit d’une visite historique puisque jamais, aucun Souverain marocain n’a foulé le sol de ce pays répertorié comme «scandale géologique», en raison de richesses naturelles et de ses mines de diamant. Coincidence, SM le Roi Mohammed VI arrive au Congo Démocratique à la suite d’un référendum historique destiné à mettre fin à un long intermède de conflits meurtriers. La visite de S.M le Roi est vue comme étant un soutien fort apporté à la transition difficile de ce pays.

Rappelons que la RDC a procédé, samedi dernier, au changement d’un certain nombre de ses signes identitaires, notamment son drapeau, ses armoiries, sa devise et sa configuration territoriale tout en conservant son hymne et sa monnaie.

Le périple de Sa Majesté le Roi s’achèvera par une visite au président El Haj Omar Bongo du Gabon, doyen des chefs d’Etat de l’Union monétaire de l’Afrique centrale et ami intime du président congolais Denis Sassou Neguesso.

Evidemment, dans les cercles diplomatiques africains à Rabat, cette visite est assez suivie. D’aucuns voient dans l’étape gambienne, seul pays anglophone au milieu d’un océan franchophone, (et donc, susceptible d’être influencé par l’axe Alger – Pretoria ?), une sorte d’offensive politique par rapport à l’épineux dossier du Sahara marocain. Ce n’est pas ce que pense Son Excellence, l’ambassadeur du Sénégal à Rabat. «La Gambie demeure l’un des meilleurs amis du Maroc en Afrique, comme le montre son soutien permanent à la cause marocaine, aussi bien au sein de l’Union Africaine qu’au niveau de l’ONU». Pour Ibou Ndiaye, «SM le Roi est en train de procéder par cercles» dans ce qui est en train de devenir, «un rendez-vous annuel avec l’Afrique». Ce n’est donc que logique, que la Gambie, voisine et alliée du Sénégal, fasse l’objet de la visite royale, après trois séjours successifs du Souverain à Dakar. Pour l’ambassadeur de la République de Guinée –Conakry, El Haj Mamadou Saliou Sylla «quelles que soient les motivations de cette visite, il s’agit d’une initiative salutaire. Le Maroc est incontournable en Afrique».

Pour beaucoup d’observateurs, au-delà des nombreux accords de coopération signés par le Maroc durant ce périple royal, les relations entre le Maroc et l’Union Africaine étaient au menu. D’autres rejoignent la thèse de l’ambassadeur du Sénégal, pour qui cette visite est une nouvelle manifestation de l’attachement du Maroc à sa dimension africaine. Mais reste toujours cet hiatus, rappelé mardi, à Brazaville, par le ministre délégué aux affairesé trangères Taïeb Fassi Fihri: «Nous sommes membres de la famille africaine mais nous ne sommes pas membres de la famille institutionnelle de l’UA parce que nous attendons que le péché originel soit corrigé, car nous ne connaissons pas la République arabe saharaouie démocratique (RASD), ni où se trouvent ses frontières». Dans le contexte actuel, marqué par la mainmise algérienne et sud –africaine dans l’organisation continentale, l’arrivée de Sassou Nguesso (24 janvier 2006) à la tête de l’organisation, (après l’opposition du Tchad à une présidence soudanaise), est forcément une bonne chose pour le Maroc et ses alliés de l’Afrique francophone en général.

Cité abondamment par la presse, M. Fassi Fhri, a indiqué que le Maroc s’est félicité de la désignation du Président Denis Sassou Nguesso à la Présidence de l’Union Africaine (UA), quoique n’en faisant pas partie. Pour le ministre, dont les déclarations ont été rapportées par une publication locale, le Maroc est prêt à faire son entrée dans la nouvelle organisation panafricaine mais à condition que l’UA reconnaisse le Sahara occidental comme territoire marocain et non comme territoire indépendant.

Comme l’a rappelé l’ambassadeur du Sénégal au Maroc, se faisant l’écho de maître Abdoulaye Wade, il est difficile d’envisager une union Africaine sans la quatrième puissance économique du continent, et sans l’un des pays les plus actifs en matière de coopération sud-sud avec, pour l’année scolaire en cours, 8000 étudiants africains inscrits dans le Royaume.

Aujourd’hui.

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