Il faut sauver le soldat Lahcen

Il part et imite une jeunesse désemparée vivant une situation économique précaire et ayant un futur sans avenir. Quand la majorité choisit l’eldorado européen, il opte, lui, pour une autre destination. Loin, très loin. Le bout du monde. L’Australie.

Chronique d’un tragique périple

Lahcen part avec un ami. La destination étant à l’autre bout du monde, les arrêts et les escales s’enchaînent, avec, à chaque fois, des fortunes diverses. Par un jeu de hasard et une série de coïncidences, il se retrouve à Port Moresby, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Avant dernier arrêt, selon toute vraisemblance. Ce qui devait n’être qu’une escale, un lieu de relâche, prend finalement l’allure d’un enfer. Un cauchemar que même l’intéressé n’arrive toujours pas à comprendre.

En effet, à Port-Moresby, il contracte une maladie rare et grave : L’encéphalite japonaise. Une maladie virale sévissant à l’état endémique dans l’Extrême Orient. L’agent causal (un virus) est transmis suite à une piqûre de moustique, réputée d’évolution imprévisible car mortelle dans 25% des cas.

Cette maladie n’a pas de traitement curatif, seule la prévention est efficace. Atteint de cette maladie depuis 1998, Lahcen Ould Lhaj présente des séquelles neurologiques irréversibles : trachéotomisé, il respire et parle par un trou au niveau de la gorge ; tétraplégique : il ne bouge plus ses 4 membres. Complètement grabataire et dépendant d’une tierce personne.

Silence étourdissant

Á quelques milliers de kilomètres de sa ville natale, Lahcen fait l’actualité. Post Courier, un journal de la place, lui a consacré un article, dans son édition du 26 mai dernier. En titre : « In bed and nowhere to go » (Alité et n’ayant nulle part où aller).

En effet, en arrivant à l’Hôpital Général de Port Moresby, Lahcen n’avait sur lui que quelques photos d’identité et quelques reçus de billets d’avion achetés en Indonésie. Les responsables de l’hôpital où il est admis (depuis 1998, rappelons-le !) ont essayé de prendre contact avec le Haute Mission du Maroc en Australie, afin d’organiser son rapatriement. Ils ont obtenu une réponse la première fois, puis silence radio.

Lahcen risque aujourd’hui de mourir, dans l’anonymat total, à des milliers de kilomètres de chez lui. Sans doute, sa famille est restée sans nouvelles de lui depuis 1998. Une action urgente s’impose. Il en va de la crédibilité de cette nouvelle ère qui sera résolument humaniste et universellement citoyenne ou ne le sera pas.

Condamné à mourir dans son lit d’hôpital, Lahcen a eu droit à une nouvelle chance. Un citoyen marocain arrivé en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour y occuper son poste au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé a retrouvé l’article en question et a cherché, spontanément, à venir en aide à son concitoyen. Une fibre patriotique s’est mise en marche.

Une chance inouïe. Une lueur d’espoir pour ce citoyen que les infirmières donnaient mourant dans son lit, sans que son sort n’intéresse personne. Ou presque. L’information, rapportée par ce fonctionnaire international marocain, a aussitôt suscité un élan de solidarité. Un forum a été créé sur Internet (http://soldatlahcen.easyforum.fr/index.forum) afin de coordonner et de centraliser l’action. En cas de mutisme de la part des autorités compétentes, un appel aux dons sera lancé.

Tout le monde peut contribuer à forcer le destin, à permettre à ce citoyen marocain de retrouver les siens. Le destin a posé la pierre angulaire de cette épopée, à nous de la concrétiser !

Jaafar AMARI et Dr. Said MEZGUI

menara.ma

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